Bruxelles, sur le Sahara occidental : « Rien ne nous fera changer de position ».

La Commission rappelle que la situation au Sahara occidental nécessite des solutions « mutuellement acceptables » et assure le Maroc que « rien ne le fera changer » de position.

En février 2020, l’Union européenne a vu se déplacer sous ses pieds les sables mouvants d’une politique migratoire qui repose entièrement sur les pays tiers pour contrôler le flux de migrants. C’était à Evros, à la frontière entre la Turquie et la Grèce. Ankara, pour des raisons politiques, a décidé d’autoriser des milliers de migrants à se rendre à la frontière grecque. Rabat a appliqué la même méthode dans la crise de Ceuta il y a quelques jours. Depuis lors, le gouvernement espagnol tente de limiter les dégâts, mais le gouvernement marocain creuse davantage la plaie et a redoublé ces dernières heures sa pression sur la Moncloa, en établissant des comparaisons entre le séparatisme catalan et le mouvement sahraoui. Les échos de la pression que Rabat a exercée sur Madrid ces dernières heures sont maintenant parvenus à Bruxelles. La Commission européenne suit de près cette crise et est d’ailleurs également en contact avec les autorités marocaines.

Mais pour Bruxelles, il n’y a pas grand chose à dire sur le Sahara Occidental. « Notre position est claire, elle reste inchangée, nous l’avons déjà expliquée et nous l’avons réitérée, et rien ne va la faire changer », a déclaré mardi une porte-parole du Service d’action extérieure, dirigé par le Catalan Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne. « Notre position sur le Sahara occidental est que l’UE appelle à des négociations rapides dans le cadre des Nations unies pour rechercher des solutions politiques durables et équitables, ainsi que mutuellement acceptables conformément aux résolutions de l’ONU », a déclaré la porte-parole, qui a expliqué dans le même temps qu’il existe avec le Maroc un « accord stratégique » et des contacts permanents, qui incluent parfois des questions « très difficiles ». « Notre position est claire, elle reste inchangée, nous l’avons expliquée auparavant et nous l’avons réitérée, et rien ne la fera changer » Ces contacts continuent d’avoir lieu. La semaine dernière, M. Borrell s’est entretenu avec le ministre marocain des affaires étrangères. Mais à aucun moment la Commission européenne n’a émis, au moins publiquement, un message avec Rabat, autre que d’insister sur le fait que la position européenne sur le Sahara Occidental ne changera pas. Parce qu’elle connaît les conséquences de ce qui s’est passé à Evros il y a plus d’un an, et parce que cela s’est répété à Ceuta il y a seulement quelques jours. Certaines sources diplomatiques estiment que montrer des doutes sur le Sahara ne fera qu’aggraver la situation, et qu’il vaut mieux être solide dans la position qui a été défendue jusqu’à présent : céder, ou au moins s’ouvrir à une possible cession, démontrera au Maroc que l’utilisation de la politique migratoire pour la négociation politique. Mais en règle générale, la plupart des sources consultées jusqu’à présent estiment que l’objectif du Maroc est d’obtenir, de manière générale, des conditions plus avantageuses dans ses relations avec l’Union européenne : contrairement à la Turquie et à la Libye, qui ont été des partenaires fiables et stables, elles ont mal pris le fait qu’Ankara, avec ses provocations continuelles, et Tripoli, avec un pays complètement détruit par une guerre civile sanglante, reçoivent plus de fonds que Rabat pour la gestion des migrations. L’Espagne sait que ce malaise s’est accumulé au cours des dernières années et, de fait, le gouvernement espagnol n’a cessé de faire pression à Bruxelles en faveur des intérêts marocains.

La Commission européenne sait qu’il n’y a qu’un seul moyen d’empêcher que la migration ne soit utilisée comme élément de négociation : disposer d’un accord migratoire de l’intérieur qui lui permette de faire face à une crise migratoire, en plus des flux continus qui existent déjà. Ce n’est que de cette manière que Bruxelles et les capitales pourront négocier avec les pays tiers sans craindre de savoir qu’ils ont la possibilité d’ouvrir le robinet migratoire et de commencer à mettre l’Union en difficulté. Mais le pacte sur les migrations est actuellement bloqué. Bruxelles est persuadée que cette nouvelle crise à Ceuta poussera le gouvernement espagnol à céder sur certains points de la négociation du pacte migratoire, seul moyen, selon la Commission européenne, de garantir l' »indépendance » de la politique migratoire européenne.

El Confidencial, 01 juin 2021

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