Macron entre Alger et Kigali.

Les Algériens ont dû être choqués avant-hier d’entendre le président français Emanuel Macron reconnaître, le plus solennellement du monde, la responsabilité « accablante » de son pays dans le génocide commis en 1994 au Rwanda. C’était au premier jour de sa visite inédite jeudi passé dans ce pays, 27 ans après les massacres à la machette commis durant la guerre civile menée par les Tutsis contre les Hutus avec le soutien actif de la France.

Choqués non pas par le fait que le président français reconnaisse les méfaits de son pays au Rwanda mais par le fait qu’il refuse de faire le même aveu s’agissant des massacres commis en Algérie. Notre pays réclame depuis des décennies, et en vain, que la France reconnaisse les crimes génocidaires commis par son armée coloniale.

En revanche, il lui a été facile finalement de faire ce devoir de mémoire vis-à-vis du peuple rwandais et son gouvernement en montrant patte blanche. « La France a un rôle, une histoire, et une responsabilité politique au Rwanda. Elle est restée de fait aux côtés d’un régime génocidaire. Elle n’a pas été complice mais a endossé une responsabilité accablante », a en effet reconnu le président Macron à Kigali. C’est là une reconnaissance claire nette et précise de la responsabilité de la France dans les massacres survenus dans ce pays il y a 27 ans et dont la tristement célèbre Radio des « Milles Collines » avait servi de porte-voix aux criminels du régime Tutsi.

Forcément, vue d’Alger, cette reconnaissance devrait susciter des questions. Pourquoi donc le président Macron s’est-il permis ce geste de réconciliation historique en faveur du Rwanda après l’avoir catégoriquement exclu dans un communiqué de l’Elysée le jour de sa réception du rapport Stora ? Le Rwanda a -t-il plus de poids que l’Algérie aux yeux de la France ? Ou simplement que ce pays se soit montré intraitable dans ses exigences politiques à l’égard de Paris sans lesquelles il excluait toute réconciliation ?

Quoiqu’il en soit, c’est une grande victoire pour le Rwanda et son gouvernement à sa tête le président Paul Kagame qui auront tenu la dragée haute aux Français jusqu’à ce que Macron consente à faire le voyage à Kigali et faire son mea culpa devant ce vaillant peuple rwandais.

Politiquement, cette façon de faire du gouvernement du Rwanda devrait servir de leçon à l’Algérie dans ses relations avec l’ex-puissance coloniale. Paris semble en effet et curieusement en position de force vis-à-vis de notre pays alors même qu’il a été établi qu’elle y a commis des massacres qui confinent tout au moins à des crimes de guerre. A chaque fois que l’exigence de la reconnaissance de ses crimes en Algérie et la présentation des excuses sont relancées, elle se barricade derrière le fameux expédient qui consiste à dire : « laissons aux historiens faire leur travail et tournons la page » !

Il est clair que l’establishment parisien encore dominé par le lobby de l’extrême droite et des « nostalgerie », ne veut point faire plus de pas dans le sens d’une reconnaissance des faits tout aussi accablants pour la France en Algérie. Il est curieux de constater que ce qui est vérité à Kigali ne le serait pas à Alger. Le gouvernement algérien doit désormais s’appuyer sur cette reconnaissance solennelle de la responsabilité de la France dans les massacres au Rwanda, pour réclamer qu’elle fasse la même chose sur ses crimes chez nous.

L’aveu de jeudi dernier au Rwanda doit être utilisé comme une pièce à conviction contre la France. C’est une exigence morale avant d’être une revendication politique. La France officielle doit sentir que l’Algérie ne lâche désormais rien qui puisse lui faire croire que le temps va finir par faire son oeuvre…d’oubli. Le sacrifice de nos valeureux Moudjahidine nous interpelle pour ne pas oublier leur mémoire.

Imane B.

L’Est Républicain, 30 mai 2021

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