Le corail algérien bientôt vendu aux enchères

Le 2 février dernier, Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre des Ressources halieutiques, a annoncé, lors d’une journée d’étude à El-Tarf consacré au corail, que «la pêche du corail, suspendue en 2001 pour permettre sa régénérescence, va reprendre au courant de l’année 2021». Apparemment, c’est chose faite.

L’Agence nationale pour le développement de la pêche et de l’aquaculture (ANDPA), dont le siège est à El-Tarf, a transmis ces derniers jours, à l’ensemble des directeurs de la pêche et des ressources halieutiques des 13 wilayas côtières, une notice à l’attention des professionnels de la pêche en vue de faire part de leurs avis ou de se souscrire avant l’organisation des enchères concernant 30 concessions d’exploitation de corail à pourvoir.

Les participants doivent préalablement, après avoir pris connaissance du décret n°231/15, remplir les conditions nécessaires pour pouvoir participer aux enchères desdites concessions. Parmi ces conditions, outre l’obligation de la nationalité algérienne, il faut, entre autres, être détenteur d’équipements marins et d’une main-d’œuvre qualifiée. Il convient de signaler qu’une fois la proposition de concession adjugée, le concessionnaire est tenu de se conformer à plusieurs engagements dont celui de ne pêcher que 100 kg/an de corail. Laquelle quantité sera remise à l’Agence nationale de l’or (Agénor) contre payement.

Un professionnel de la pêche d’Annaba a déclaré au Jeune Indépendant : «100 kg/an c’est peu. Entrer dans le jeu du cahier des charges n’est pas profitable au futur concessionnaire. Ce que l’on peut gagner par an est peu par rapport aux financements injectés dans l’affaire.» Pour le moment, le temps est encore à la réflexion du côté des futurs investisseurs dans le corail. Pareillement du côté du ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques, qui semble vouloir être à l’écoute des investisseurs avant de lancer les enchères. Mais une chose est sûre, le secteur du corail sera autre dans moins d’un mois. Pour rappel, la pêche de corail a été interdite depuis 2001 par décret présidentiel pour lui permettre une régénération.

En dépit de la surveillance accrue des gardes-côtes, le braconnage s’est multiplié, notamment du côté de la zone maritime d’El-Kala. Cette région côtière est devenue le lieu de prédilection de la mafia du corail car son plateau continental est de très faible profondeur et très riche en ressources corallifères. Les points de pillage les plus utilisés par les contrebandiers se situent au large de Cap Roux, frontière maritime avec la Tunisie. Un endroit où le pillage bat son plein.

La dernière opération de lutte contre le braconnage effectuée par les vigiles de la mer remonte au mois d’avril dernier, où quelque 45 kg de corail ont été saisis. Selon un responsable de la circonscription maritime d’Annaba, qui regroupe les stations du chef-lieu de la wilaya d’Annaba, El-Kala, Skikda, Jijel, Collo et Béjaïa, le pillage du corail est opéré à 90% par les marins-pêcheurs de poissons au niveau de la zone d’El-Kala.

Il existe une flotte de quelque 300 bateaux de pêche sur lesquels activent plus de 1 500 marins-pêcheurs, d’où la difficulté de pouvoir tous les surveiller et les contrôler régulièrement, notamment avec l’apparition du phénomène de l’immigration clandestine, qui puise dans les forces et la vigilance des gardes-côtes. Le seul moyen de lutte demeure le renseignement et les contrôles inopinés des embarcations se trouvant en pleine mer.

D’ailleurs, c’est ce qui a permis de faire la saisie de plusieurs embarcations, aussi bien algériennes que tunisiennes, ainsi que la saisie des croix de Saint-André et de plusieurs quantités de corail braconné. Le pillage du corail est tout simplement l’œuvre de véritables réseaux organisés qui, indéniablement, portent atteinte aux richesses du pays.

Le Jeune Indépendant, 29 mai 2021

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