Algérie-Libye : Soft power

Près de 10 ans après la chute de Kadhafi, l’Algérie s’affiche officiellement au devant de la scène libyenne. La montée au créneau «à visage découvert» ne concerne ni les pourparlers entre les différentes factions locales, ni pour manifester un désaccord par rapport à une intervention étrangère.

Elle a été exprimée sous forme économique. C’était hier, samedi, en terre algérienne, exactement à l’hôtel «El-Aurassi» (Alger). L’occasion, c’était l’organisation du forum-économique algéro-libyen dont l’initiateur est le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, et en présence d’un autre représentant du gouvernement, en l’occurrence celui du commerce, Kamel Rezig. Du côté officiel libyen, il y avait le ministre de l’Economie et du Commerce, Mohamed al-Haweij.

Au-delà de la symbolique qu’elle représente, cette rencontre officielle vient signifier la grande importance que revêt la Libye pour l’Algérie. Au-delà des objectifs de l’événement, ceux de «renforcer la coopération économique et commerciale» et de «trouver des opportunités de partenariats bilatéraux dans les différents secteurs économiques entre les deux pays», c’est avant tout une «exhibition» des ambitions d’Alger.

Le temps des tergiversations et des hésitations dans le dossier libyen est vraisemblablement révolu. L’implication directe de Sabri Boukadoum dans l’organisation de ce forum économique en est, sans aucun doute, la meilleure preuve.

L’Algérie se voit finalement confortée dans toutes ses positions affichées depuis le début de la crise libyenne, en 2011. L’Etat, fidèle à ses principes et aux idéaux défendus depuis l’indépendance, et malgré ses problèmes internes, n’a pas flanché devant le bourbier qui se déroulait à ses frontières Est. Le temps lui a donné raison. D’ailleurs, tous les pays qui se sont impliqués directement, ou indirectement, dans le conflit libyen se retrouvent actuellement dans une position loin d’être reluisante. La solution militaire n’a abouti à rien d’autres qu’à la destruction de la Libye, et la population locale a été la plus grande perdante.

Maintenant les données ont changé. Il y a un processus politique qui a déjà permis l’installation d’un gouvernement unifié, dont la mission principale est la préparation des prochaines élections, législatives et présidentielle. L’Algérie ne peut pas se permettre une non-implication, et pas uniquement sur le plan économique. Il était temps…

Reporters, 30 mai 2021

Etiquettes : Algérie, Libye, forum économique, commerce, échanges,