Algérie: La grogne sociale, des questions qui s’imposent (Edito de Ouest Tribune)

Lorsque on voit la situation générale du pays au «télescope», on peut s’avancer sur le fait que le front social n’est pas, à proprement parler, en ébullition. Les Algériens constatent l’inflation ambiante, mais en reste au seul constat. Ils savent qu’ailleurs dans le monde, la situation n’est pas du tout reluisante. Mais si l’on utilise un «microscope» et que l’on s’intéresse à des catégories socioprofessionnelles précises, on peut très facilement identifier une grogne grandissante et un malaise qui en dit long sur une sorte de colère sociale qui peut converger et s’exprimer publiquement. Le récent mouvement de grève sauvage des postiers et l’un des signaux qui ne trompent pas sur une insatisfaction. Plus proche de nous, les enseignants qui ont «osé» perturber un examen national, fut-il «blanc». Il ne s’agit pas de n’importe quelles épreuves, puisqu’il s’agit de la dernière marche avant le baccalauréat. C’est sans précédent dans les annales de l’éducation nationale. Les enseignants décrivent des conditions de rémunération en contradiction totale avec les discours des pouvoirs publics quant à la satisfaction des revendications salariales des travailleurs du secteur.

L’audace des enseignants en appellera probablement d’autres. Ils ont ouvert une sorte de boite de pandore de la revendication socioprofessionnelle. A part cette action qui fait craindre le pire au baccalauréat dans sa version officielle, on est en droit de se poser la question de savoir, combien de travailleurs sont dans la même situation que les employés de la Poste et de l’Education nationale ? Il faut dire que régulièrement, nous voyons des mouvements de protestation émerger ici et là. Pour tout le monde, c’est la même rengaine : un travailleur aux portes de la retraite avec un salaire inimaginable au 21e siècle. C’est dire que l’inflation dont on a tellement parlé aurait pu être autrement plus importante si le gouvernement avait laissé filer la planche à billet.

Les profs sont la preuve par quatre que la politique salariale du gouvernement a quelque chose de déséquilibré, au sens où l’on augmente une partie des salariés, sans contrepartie de productivité, ce qui provoque une grosse inflation qui plonge les «laissés pour compte» dans le désarroi. Il est clair que ce débrayage n’est autre que l’effet boomerang d’une crise économique aggravé par une situation sanitaire compliquée. La grogne sociale n’est-elle qu’à ces débuts?

Par Nabil G.

Ouest Tribune, 25 mai 2021

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