Maroc-UE : Bruxelles hausse le ton

Bruxelles revoit ses relations avec le Maroc après l’incident de Ceuta

La Commission européenne considère que le gouvernement marocain semble avoir remis en question sa volonté de maintenir une relation privilégiée avec l’UE.

L’Union européenne va revoir ses relations avec Rabat à la suite de la soudaine crise migratoire à Ceuta, qui aurait été délibérément provoquée par les autorités marocaines. Bruxelles estime que le gouvernement marocain semble avoir remis en question sa volonté de maintenir une relation privilégiée avec l’UE, telle qu’elle se développe depuis des années.

Le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Josep Borrell, a rencontré jeudi le ministre marocain des affaires étrangères, Naser Burita, et a eu « une discussion honnête », a déclaré vendredi une porte-parole de la Commission. La même source a déclaré que « l’idée est maintenant de discuter du partenariat avec le Maroc », tout en précisant que M. Borrell n’a pas discuté avec le ministre d’un éventuel gel des fonds européens.

« Il est nécessaire pour Rabat de valoriser une relation aussi riche et nécessaire pour la modernisation et le développement du Maroc », a souligné une source diplomatique dans la capitale de l’UE. « Nous verrons si l’incident de Ceuta a un impact négatif sur un parcours qui se déroulait très bien », ajoute cette source.

La Commission européenne, pour l’instant, a rappelé le Maroc à l’ordre et a prévenu que « les frontières espagnoles sont les frontières européennes ». Des sources communautaires ont également indiqué que Rabat a déjà été averti que la répétition d’incidents comme celui de Ceuta pourrait mettre en danger l’aide financière de plusieurs millions de dollars que l’UE offre au pays.

« L’Espagne n’est pas seule, l’Espagne fait partie d’une Union et cette Union est mobilisée pour aider l’Espagne comme elle l’a fait avec la Grèce il y a quelques mois », a déclaré M. Borrell vendredi dans une interview sur RTVE. M. Borrell a rappelé que le Maroc reçoit d’importants fonds européens pour financer, entre autres, le contrôle des frontières et que cette aide provient, en partie, de la médiation espagnole.

Les sources de l’UE précisent qu' »il ne s’agit pas de prendre des mesures punitives contre le Maroc ». Mais ils soulignent que la relation bilatérale de l’UE avec le Maroc, comme avec tout autre partenaire ou voisin, est soumise à une coopération loyale de part et d’autre. « Le coût politique de ce qui s’est passé pour le Maroc est évident », souligne une source diplomatique.

Malgré cela, l’Espagne préfère éviter les tensions entre Bruxelles et Rabat. Les sources espagnoles préconisent de « ne pas entrer dans une spirale d’action et de réaction ». L’Espagne considère que la réaction des institutions européennes, avec un soutien fermé contre le Maroc, a été très positive, « mais le message a déjà été clair et nous ne pensons pas que quelque chose de plus soit nécessaire ».

Bruxelles, en revanche, semble déterminée à exploiter la crise pour faire avancer ses projets de politique migratoire commune et de contrôle partagé des frontières entre les autorités nationales et Frontex, l’agence européenne des frontières. Le vice-président de la Commission, Margaritis Schinas, insiste sur le fait que l’incident de Ceuta montre l’urgence d’approuver le pacte migratoire proposé par la Commission et rejeté par l’Espagne et les pays méditerranéens comme insuffisant. Frontex, pour sa part, a proposé dès le premier instant de venir en aide aux forces espagnoles pour renforcer le contrôle de la frontière avec le Maroc, une offre que l’Espagne a jusqu’à présent ignorée.

El Pais, 22 mai 2021

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