La crise de Ceuta aura des « conséquences » pour le Maroc (Josep Borrell)

Borrell : si un pays rompt un accord, il est normal qu’il y ait des « conséquences ».

Catalina Guerrero

Bruxelles, 21 mai (EFE). – Le Haut représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, a considéré aujourd’hui comme « normal » que si un pays rompt un accord de coopération avec l’UE, il y ait des « conséquences », faisant référence à la récente crise diplomatique et migratoire avec le Maroc.

« Il est normal que l’Union européenne se mobilise politiquement » lorsqu’il y a des problèmes à ses frontières extérieures et « soulève qu’il y a des accords d’association qui, s’ils sont rompus d’un côté, devraient avoir des conséquences pour l’autre », a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE dans une interview accordée à EFE, qui s’est dit favorable à la « reconstruction » de la coopération avec le Maroc.

« Il est clair que si les accords sont rompus d’un côté, l’autre côté examinera également leur application. Mais nous devons utiliser un langage qui nous permette de recomposer les désaccords, car sinon, cela se passera comme d’autres conflits plus graves. Nous devons empêcher les choses d’empirer », a-t-il insisté.

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association entre l’UE et le Maroc en 2000, le Maroc est progressivement devenu un partenaire privilégié de l’UE-27 dans le domaine de la coopération, ainsi que de la coopération commerciale, technique et au développement.

Rien que depuis 2007, le pays a bénéficié de près de 14 milliards d’euros de l’instrument européen de voisinage et de la plateforme de voisinage, un montant qu’il espère augmenter dans les allocations budgétaires pour la période 2021-2007.

Ce qui s’est passé à Ceuta, où entre lundi et mardi plus de 8 000 migrants sont arrivés, dont beaucoup de mineurs, M. Borrell l’interprète davantage comme des « avertissements » que comme des « menaces », un terme qu’il ne partage pas pour définir l’incident diplomatique avec le pays nord-africain pour ne pas avoir gardé sa frontière avec l’Espagne et avoir permis ce flux migratoire.

« Il est clair qu’il y a des problèmes de relations diplomatiques qui déclenchent parfois des problèmes migratoires », a déclaré M. Borrell, à propos de cette affaire qui a pour origine, entre autres, l’accueil en Espagne pour des raisons de santé d’un dirigeant du Front Polisario, que M. Borrell n’a pas commenté.

Son travail, a-t-il insisté, consiste à « reconstruire des relations positives », tout en « prévenant que certains instruments ne peuvent être utilisés et que l’émigration doit être un processus réglementé et ordonné », ce qui implique également de lutter contre les trafiquants et de stabiliser les pays de transit des flux.

Et il a prévenu qu’il n’est pas bon que la migration soit associée « au désordre, aux sauts de frontières, aux violations des frontières et aux personnes qui meurent en prenant des risques aux mains des trafiquants », raison pour laquelle il a préconisé « d’ordonner le flux afin que les migrants dont nous avons besoin puissent arriver de manière ordonnée et réglementée ».

Le contraire, a prévenu M. Borrell, est « le terreau du discours populiste » et, par conséquent, il a défendu le fait de « parvenir d’abord à des accords entre pays européens, ce que nous n’avons pas fait jusqu’à présent ». Et puis avec les pays d’origine et de transit, et là nous avons réalisé certaines choses.

Et il a assuré que la politique migratoire « va jouer un rôle plus important » chaque fois qu’il y aura un accord d’association avec un pays, comme l’UE l’a fait avec le Maroc, la Turquie ou la Libye.

« Notre sécurité commence loin de nos frontières. La sécurité des Européens ne commence pas dans les rues de Marseille, elle commence 2 000 ou 3 000 kilomètres plus loin, dans le Sahel, et c’est pourquoi nous devons nous impliquer militairement. Ça commence même en Somalie, ça commence au Moyen-Orient. Nous devrions avoir une vision plus géopolitique de notre avenir », a-t-il conclu. EFE

Swissinfo, 21 mai 2021

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