Quand la presse française se déchaînait sur Luc Ferry pour avoir dénoncé la pédophilie au Maroc

Le 30 mai 2011, sur le plateau du Grand Journal de Canal+, Luc Ferry a dénoncé une orgie pédophile d’un ministre qui aurait eu lieu au Maroc une dizaine auparavant. Il « s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. J’ai des témoignages des membres de cabinets au plus haut niveau, et des autorités de l’Etat au plus haut niveau », a t-il déclaré sans ambage.  Une déclaration qui lui a valu d’être vilipendé aussi bien par la sphère médiatique que politique et a été auditionné par le Parquet qui a ouvert une enquête préliminaire. Mais ses ennuis ne se sont pas arrêté là. Le Canard enchaîné a révélé que l’ex-ministre séchait la fac tout en continuant à percevoir son salaire d’enseignant.

France24 a rapporté cette campagne médiatique qui avait tout l’air d’un lynchage. Dans une dépêche sous le titre de « Entre sarcasmes et mépris, la presse française se déchaîne contre Luc Ferry », la chaîne française indiquent que depuis la déclaration de l’ancien ministre Luc Ferry, « les réactions virulentes à son égard fusent dans les médias. En tête, Libération, qui ne cache pas son mépris à l’égard de l’ex-ministre de l’Éducation nationale. Le quotidien de gauche ne mâche pas ses mots envers celui qu’il surnomme, en une ce jeudi, « Dirty Ferry ». « Luc Ferry va avoir à philosopher sur son pathétique accident », lâchent les journalistes Alain Auffray et Antoine Guiral. De son côté, si l’éditorialiste, Nicolas Demorand, fait preuve d’une certaine retenue concernant le volet judiciaire – « Si c’est avéré, c’est un scandale d’État » – l’ancien chroniqueur de France Inter n’épargne pas l’ancien ministre, jugé « mi-bravache, mi-morveux », le tenant responsable d’allégations aussi « gravissimes » que « fumeuses et incompréhensibles ».

Selon France24, « un ton acerbe et des noms d’oiseaux dont Libération n’a pas le monopole. L’homme jugé « accessoirement philosophe » ou « Voltaire de pacotille » est en fait « une vulgaire balance », estime la Dépêche du Midi. « Pire, Luc Ferry serait peut-être même un homme malade touché par le ‘syndrome DSK’ qui habite désormais la classe politico-médiatique avec une frénésie qui brouille jusqu’aux esprits supposés les plus raisonnables ».

« Plus subtile, la Charente Libre use et abuse du sarcasme : « On connaissait l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… », écrit le journaliste qui n’hésite pas à reléguer les révélations de Luc Ferry au rang de petit racontar. « Ces derniers temps, les philosophes ont malheureusement montré que leur capacité à éclairer le monde avait singulièrement baissé en intensité… », ajoute-t-il.

La même source affirme que « sceptique, l’Est Républicain s’interroge sur les intentions de l’ancien ministre : « Luc Ferry a-t-il ouvert le grand déballage du printemps ? », se demande le journaliste Michel Vagner. « Soit les faits criminels sont vrais, et ce n’est pas devant une caméra qu’il aurait dû lancer ses révélations (…) Soit ils sont faux et on se demande quelle mouche a piqué l’intellectuel, sinon le besoin de faire parler de lui. »

« De leur côté, signale France, les quotidiens le Journal de la Haute-Marne et l’Alsace déplorent le spectacle d’une scène politique souillée par « les eaux boueuses d’histoires glauques ». Tous deux accusent Luc Ferry de « salir la République ». « L’air devient irrespirable (…) et c’est la démocratie qui trébuche et titube », peut-on lire dans les lignes du quotidien champenois. « Faire le juste choix d’informer sans diffamer est parfois moins évident qu’il n’y paraît, surtout à l’approche d’une campagne électorale où tous les coups sont à craindre, à défaut d’être permis », écrit de son côté l’éditorialiste alsacien Patrick Fluckiger ».

« Outre-Manche, seul le quotidien britannique The Guardian semble trouver un aspect positif à ce nouveau feuilleton sexuel. « Beaucoup de journalistes ont prédit un ‘avant et après DSK’. Le harcèlement sexuel qui prévaut dans le milieu politique touche à sa fin et les agressions sexuelles ne seront désormais plus passées sous silence sous prétexte qu’elles concernent des personnalités politiques », conclue-t-il.

La prédiction du Guardian a été réalisée 11 ans après suite au déballage lancé par la campagne #Metoo contre la pédophilie et l’inceste. Les opinions publiques française et marocaines ont besoin de savoir la vérité sur les activités pédophiles dans un pays où toutes les élites politiques et les personnalités de la presse ont bénéficié d’un traitement privilégié à l’intérieur des murs du palais de La Mamounia.

France 24, 02 juin 2011

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