Pourquoi l’Espagne fait-elle face à un afflux de migrants venus du Maroc?

Le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a annoncé ce mardi que son pays avait renvoyé au Maroc 2.700 des quelque 6.000 migrants entrés à Ceuta. Ce flot record de passages illégaux se déroule sur fond de tensions entre Rabat et Madrid.

Par ailleurs, 85 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont franchi la haute barrière protégeant l’autre enclave espagnole de Melilla, sur un total de 300 ayant essayé, selon la préfecture de Melilla.

Lundi, un homme s’est noyé alors qu’il tentait de rallier l’enclave par la mer, d’après la préfecture de Ceuta.

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Ceuta et Melilla constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique.

SUR FOND DE TENSIONS DIPLOMATIQUES
Pour Mohamed Benaïssa, président de l’Observatoire du nord pour les droits de l’Homme basé à Fnideq, cette nouvelle vague de migrations «pourrait être en lien avec la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne».

Rabat est un allié clé de Madrid pour la lutte contre l’immigration clandestine. Mais entre le début de l’année et le 15 mai, 475 migrants sont arrivés à Ceuta, soit plus du double par rapport à la même période l’an passé, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Les relations diplomatiques entre les deux pays voisins se sont tendues depuis l’accueil, fin avril, en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, venu pour des soins.

Le Maroc a convoqué l’ambassadeur espagnol pour lui signifier son «exaspération». «La préservation du partenariat bilatéral est une responsabilité partagée, qui se nourrit d’un engagement permanent pour sauvegarder la confiance mutuelle (….) et sauvegarder les intérêts stratégiques de deux pays», a ensuite averti un communiqué des Affaires étrangères marocaines.

Le conflit au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole classée «territoire non autonome» par les Nations unies en l’absence d’un règlement définitif, oppose depuis plus de 45 ans le Maroc au Polisario, soutenu par l’Algérie.

Le Polisario réclame un référendum d’autodétermination alors que Rabat propose une autonomie sous sa souveraineté.

«JE N’AI AUCUN AVENIR ICI»
Les tensions autour du Sahara occidental entraînent «immédiatement» une hausse des arrivées de migrants, constate Isaias Barreñada, professeur de relations internationales à l’Université Complutense de Madrid.

«Je n’ai aucun avenir ici, mon but c’est de passer pour aller vers l’Europe», a affirmé Soulaimane, un jeune homme de 21 ans qui veut quitter le Maroc.

Beaucoup se sont décidés à tenter leur chance après avoir vu des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrant des jeunes débarquer sur les plages de rochers à Ceuta.

Les arrivées illégales vers le territoire espagnol situé dans le nord du Maghreb ont commencé lundi dès les premières lueurs du jour. A l’aube, ils n’étaient qu’une centaine, mais le flot n’a cessé de gonfler ensuite.

CNews, 18 mai 2021

Etiquettes : Maroc, Espagne, Sahara Occidental, Front Polisario, Brahim Ghali,