Mitterand quarante ans plus tard. Un anniversaire oublié

Par Eugenio Preta

Ce qu’il reste de l’élection de François Mitterrand à la présidence en 1981 nous fait comprendre que les utopies disparaissent rapidement. Le parti socialiste triomphant à l’époque est aujourd’hui réduit à moins de 6%, et c’est peut-être aussi pour cette raison que l’anniversaire de cette illusion a été négligé. Certes, certaines chaînes de télévision ont eu le courage d’évoquer des personnages de l’époque, Lionel Jospin, Edith Cresson ou Jack Lang dans une version en plastique recyclé, mais le grand public ne s’est pas intéressé à cet anniversaire fané.

En vérité, n’en déplaise à ceux qui ont toujours cru que le déclin de la France post-De Gaulle avait commencé avec Pompidou et surtout avec Giscard d’Estaing, il faut rappeler que c’est précisément l’élection de Mitterrand qui a rendu l’échec économique et financier du pays presque immédiat.

Deux ans à peine après cette élection, l’enthousiasme du grand parti socialiste a pris fin : le franc souffrait déjà et on avait tenté de bloquer l’émigration des Français, décidant même d’accorder une subvention de plus de 2000 francs par personne tant qu’ils ne quittaient pas le pays.

À la recherche de nouveaux motifs politiques et afin de trouver une base électorale susceptible de remplacer la classe ouvrière qui, déçue par la politique des socialistes, avait fui jusqu’au Front national, Mitterrand, en politicien avisé, au lieu de monter son discours sur les questions sociales et économiques, a déplacé la cible, soutenu en cela par tous les médias, sur le racisme, la diversité et l’enfer de l’immigration. Il a ainsi favorisé la naissance de SOS Racisme, véritable nervure gouvernementale qui invite les médias à prévenir de la menace de la montée de Jean-Marie Le Pen, et de la nécessité de résoudre l’immigration par la naturalisation pour récupérer nombre de convertis au « racisme social » de la gauche.

Aujourd’hui, il semble clair qu’à l’interne, Mitterrand a ruiné la France avant tout sur le plan économique, en divisant la cohésion du peuple juste pour retrouver une base électorale comptant principalement sur les questions de plus en plus controversées de l’immigration. Sur le plan extérieur, Mitterrand n’a pas eu d’autre choix que de promouvoir l’Union européenne comme valeur fondamentale de ses deux septennats, mais il a bradé la souveraineté nationale, la « grandeur » de la France et est descendu au rôle de vassal de l’Allemagne. Sans parler des conséquences que cette affection européenne a eu sur le plan social : la destruction des valeurs, la ruine du travail avec les 35 heures, le renforcement de l’islam, la politique culturelle de Jack Lang qui a humilié la culture existante pour la remplacer par une culture techno-pop décadente, et surtout le pouvoir remis aux banques et le surendettement intérieur qui a atteint des chiffres exorbitants.

Pour une analyse équilibrée, les observateurs les plus attentifs ne peuvent manquer de remarquer à quel point ce socialisme a nui à la France et, malgré la caisse de résonance toujours favorable des médias, s’est réincarné dans l’actuel gouvernement Macron, qui se veut néo-centriste.

Les mythes, les drapeaux et les commémorations qui constituaient une valeur ajoutée pour le pays sont désormais renvoyés au rôle d’une antiquité révolue, même si la France actuelle accumule le record des dépenses publiques – 62% en 2020 – le record mondial du fiscalisme, le record de la délinquance et des nouvelles immigrations.

Ainsi Macron poursuit, sans s’en cacher, le rêve de Mitterrand : faire de la France le pays le plus socialiste du monde.

L’éco del Sud, 11 mai 2021

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