Un rapport met en garde contre la « menace militaire » que représente le Maroc pour l’Espagne dans le détroit de Gibraltar.

Le think tank Institut pour la sécurité et la culture met en garde contre les conséquences de la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara et de la course aux armements du royaume alaouite.

Les plans de réarmement du Maroc, combinés à la reconnaissance par les États-Unis de sa souveraineté sur le Sahara, constituent « un défi à l’intégrité territoriale espagnole » et aux intérêts économiques européens. C’est la conclusion tirée par un rapport préparé par le think tank Institut pour la sécurité et la culture présenté jeudi et auquel Vozpópuli a eu accès.

Le rapport s’intitule Maroc, le détroit de Gibraltar et la menace militaire pour l’Espagne et a été préparé par le docteur en sécurité internationale Guillem Colom Piella, ainsi que par les analystes Guillermo Pulido Pulido et Mario Guillamó Román. En 32 pages, l’ouvrage examine les conséquences des derniers mouvements diplomatiques et d’armement du Maroc, ainsi que son influence directe sur ses voisins immédiats, principalement l’Espagne.

Selon les auteurs, la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara « sape » l’influence que l’Espagne et la France conservent sur le Maghreb. D’une part, elle renforce le rôle de l’administration de Joe Biden dans la région ; d’autre part, elle renforce la position du Maroc « dans la lutte qu’il mène avec l’Union européenne au sujet de l’exploitation des eaux du Sahara occidental », une région riche en minéraux tels que le tellure, le cobalt et le plomb.

Les auteurs affirment notamment qu' »une partie de la mentalité et de la culture stratégique marocaines » soutient un programme d’expansion territoriale « conforme à l’ancien concept du « Grand Maroc » » : « Comme le Premier ministre marocain, Saad Eddine El Othmani, l’a récemment exprimé, une fois qu’ils contrôleront pleinement le Sahara occidental, les places de Ceuta et Melilla devraient être à l’ordre du jour ».

Le rapport souligne également les avantages économiques que cette reconnaissance apportera au Royaume du Maroc, étant donné l’intérêt pour la création d’un gazoduc reliant le Nigeria et le Maroc à l’Europe, qui passerait nécessairement par le Sahara. Un projet que certains spécialistes qualifient de compliqué, pour ne pas dire plus, vu le nombre de pays qu’il devrait traverser et qui prévoyait à l’origine sa sortie par l’Algérie et non le Maroc.

Le Maroc et L’Algérie

Mais c’est précisément l’un des objectifs que le royaume alaouite poursuit avec son offensive diplomatique, prévient le rapport : arracher à l’Algérie une influence dans la région, en termes économiques et militaires. « Le Maroc a annoncé un plan de réarmement sur cinq ans que de nombreuses sources considèrent comme le pilier pour atteindre la suprématie militaire régionale », notent les auteurs, qui chiffrent ces intentions à 22 milliards de dollars, avec le soutien des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite.

 » L’armée qui a vu l’incident sur l’îlot de Perejil à l’été 2002 est bien loin. En près de deux décennies, les forces armées alaouites se sont dotées de nombreux moyens matériels tout en diversifiant leurs fournisseurs d’armes, permettant ainsi d’augmenter significativement leur catalogue de capacités militaires », affirment les chercheurs.

Entre autres conclusions, le rapport de l’Institut pour la sécurité et la culture avertit que la course aux armements marocaine génère une « instabilité stratégique » à court et moyen terme en Afrique du Nord. Et ils ajoutent : « Le réarmement du Maroc et la consolidation de son contrôle sur le Sahara occidental pourraient, à plus long terme, signifier un défi pour l’intégrité territoriale de l’Espagne ».

Voz populi, 06 mai 2021

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