Algérie/ Nécessaire réajustement

Beaucoup de citoyens, voire la quasi-totalité sont unanimes sur un point essentiel : l’unité nationale est déterminante actuellement par temps de conjoncture difficile que traverse le pays. Cet impératif exige la nécessité d’adapter la stratégie du futur aux nouvelles réalités politiques et socio-économiques du pays. Une mobilisation de toutes les capacités et de toutes les ressources nationales pour permettre au pays de dépasser cette conjoncture exceptionnelle marquée par la montée des tensions sociales provoquées délibérément par un discours diviseur surtout à l’approche des élections législatives du 12 juin prochain. On se rend compte également d’une orientation sans cesse alimentée au sein du nouveau Hirak visant à rechercher a priori, le désordre au détriment de l’intérêt national. Au fur et à mesure de l’évolution de cette situation, le phénomène de la contestation prend une ampleur grave et qui n’est pas facile à effacer. Le problème clef n’est certes pas facile à résoudre car il implique des décisions sévères qui peuvent toucher de près un nombre important de personnes et d’aventuriers… Mais pour asseoir une certaine philosophie purement nationaliste, il importe que se dégage une majorité importante qui soit pleinement cohérente et surtout d’accord sur les problèmes qui se posent et sur les choix des priorités à mettre en œuvre.

Le Hirak du 22 février 2019 à, dans les marches populaires pacifiques à travers lesquelles le peuple a exprimé ses aspirations à atteindre une nouvelle étape qualitative dans les gestion des affaires du pays amplement accompagné par les institutions de l’Etat y compris l’institution militaire a été un succès démocratique sans précédent dans l’histoire contemporaine de l’Algérie où pour la première fois le citoyen a exprimé en toute liberté ses ambitions pour le changement et la normalité de l’Etat. A ce propos l’universitaire Ahmed Bensaada dans un entretien au site La Patrie News a souligné :  » Il faut reconnaître que les manifestations initiales du Hirak, celles qui ont drainé des millions de personnes dans les rues des villes algériennes, étaient composées en majorité de citoyens honnêtes, désireux de mettre fin à une  »issaba » qui avait non seulement confisqué le pays, mais aussi les rêves et les ambitions de leurs concitoyens « .

Le Hirak en question continue de souffrir de profondes contradictions internes qui se manifestent au quotidien par des tendances divergentes et parfois dangereuses. Les improvisations, les slogans tendancieux sont légion à chaque week-end. Cela paraît déjà comme une sorte d’agonie de ce mouvement imagé en continu par des manœuvres politiciennes. En effet, les choses mûrissent pour apporter une mauvaise appréciation sur le nouveau Hirak. Pour l’instant il commence à connaître son effondrement et il est condamné à terme. Seuls désormais subsistent en son sein l’autre idéologie de la désobéissance, la manipulation et ses méfaits pour que le vent de la démocratie ne souffle pas sur la société algérienne. Mais des fissures commençaient à apparaître dans le « mur  » de la terreur des hirakistes radicaux. Et l’ampleur du mouvement populaire authentique devint de plus en plus grande, de plus en plus intense avec un impact certain au niveau de l’opinion politique. Et pour cause, le Hirak a perdu ses revendications justes en étant infiltré de toute part pour des desseins inavoués.

Cette infiltration a été expliquée par l’universitaire Ahmed Bensaada dans l’entretien accordé à la Patrie News à savoir :  » trois groupes sont venus y surfer : les démocrates ongistes, les makistes séparatistes ainsi que les islamistes (ou plutôt islamawistes  »offshore », indiquant que  » les premiers sont financés et formés par des officines occidentales (en particulier américaines) spécialisées dans le  » régime change », les seconds préconisent une séparation complète de la Kabylie de la nation algérienne et les troisièmes sont principalement des anciens du FIS dissout, établis à l’étranger (en particulier en Europe). Il a relevé que  » ces groupes, ayant la même vision quant à la finalité du Hirak, ont trouvé dans son tumulte une occasion de se soutenir mutuellement, de s’épauler médiatiquement, voire de se coaliser, bien que possédant des idéologies différentes ou complètement opposées. Selon lui,  » une association entre des  » démocrates ongistes et les islamistes a déjà été observée dans les pays arabes printaniers « , affirmant que, contrairement à ce qui est communément relaté, le Hirak en Algérie  » possède ses ténors « , nommés  » figure du Hirak pour ne pas dire leaders « .

M. Bensaada a expliqué que « néanmoins, en évitant de se constituer en force politique organisée et en refusant de participer ouvertement au jeu démocratique, l’étude des révolutions colorées et du  » printemps  » arabe montre que ces groupes bien que très actifs et efficaces dans l’effervescence des manifestations disparaissent après la +révolution+ et que seules les formations politiques organisées et structurées dotées d’une solide base militante émergent et occupent l’espace après le  » régime change « . Il a, en outre, mis en avant les méthodes utilisées par ces groupes pour  » pousser à la confrontation « . Après l’obtention des premiers succès politiques, le nombre des manifestants a commencé à diminuer inexorablement. Les slogans ont fini par changer radicalement tout comme les discours et les écrits véhiculés par ces groupes « , a-t-il relevé, notant que  » les attaques, les offenses et les invectives contre les représentants du gouvernement, les forces de sécurité et l’institution militaire sont devenues de plus en plus virulentes et leurs médias, classiques ou en ligne, inondent le cyberespace d’un flot ininterrompu de récits, de palabres et de laïus qui sont plus proches des  » cinq principes de propagande de guerre  » que du discours politique argumenté » Pour lui,  » ces méthodes belliqueuses qui poussent à la confrontation, sont en claire inadéquation avec le pacifisme des manifestations qui a ébahi le monde jusqu’aujourd’hui. Le durcissement de leurs positions et le refus de dialogue ou de participation au jeu politique risquent de nous mener vers un sinistre scénario à la libyenne ou à la syrienne « , a-t-il encore estimé. Il a appelé, à cette occasion,  » les mouvements d’opposition présente dans le Hirak qui acceptent les règles démocratiques qui ne suivent pas un agenda étranger et qui ne jouent pas avec l’intégrité de l’Algérie « , à « rédiger des programmes politiques clairs et participer à la vie démocratique de notre pays « .  » S’ils pensent, comme ils le clament, avoir une forte assise populaire, ils n’auront aucune peine à se faire élire, occuper des postes de décision et élaborer des lois assurant la prospérité de l’Algérie « , a-t-il ajouté.

A la réalité du moment, tout ou presque a été dit sur la nature et les agissements des hirakistes radicaux que ce soit par le discours officiel ou par la réaction de la société algérienne. Depuis le mois de février dernier des parties au sein du Hirak se sont posées en termes de défi à la communauté nationale, à la conscience nationale. Sans doute qu’au vu des nouvelles données politiques, le resserrement des rangs au sein de la population, les  » ténors  » du Hirak, s’emploient à changer de fusil d’épaule. En vain puisqu’ils montraient leur essoufflement devant la pression multiforme qui s’exerçait sur eux. Il leur fallait une solution de rechange. Et c’est pourquoi ils avaient choisi le recours à des officines étrangères  » proches  » compagnons des ennemis de l’Algérie. A cela s’ajoutent les conflits internes. Le cas de nombre de formations politiques et d’organisations du mouvement associatif est un exemple vivant. Une récurrente agonie caractérisée par des hostilités et de conflits sérieux poussant les différents courants et leur protagonistes à s’affronter, parfois brutalement, dans une arène politique où l’essentiel n’est nullement préservé : l’esprit de l’unité nationale est entamé et les objectifs de la démocratie totalement sacrifiés pour des causes loin de servir le climat social et la cohésion nationale.

Comment alors faire confiance à ceux qui trouvent dans les manœuvres, les intrigues et le rapprochement avec les étrangers leur vocation afin de déstabiliser le pays. La question primordiale du moment. Le nœud gordien à trancher: c’est celui de la nature de la doctrine politique et démocratique à faire valoir pour tous dans le seul intérêt du pays et de son avenir et surtout éviter à retarder le parachèvement de l’Etat de droit.

L’évolution à l’intérieur du pays, la situation brûlante au niveau régional, la puante conjoncture internationale, imposent à l’Algérie, son peuple et ses gouvernants une vigilance accrue, une prudence à toute épreuve. Il s’agit d’empêcher le pays d’être entraîné malgré lui, et sur les intrigues et les manœuvres diverses vers un lendemain sans issue. À la croisée des chemins, l’Algérie est placée dorénavant devant un choix indiscutable ; il est déjà tard. Si lourds que soient les problèmes qui se posent et les retombées économiques et sociales de la crise déclenchée par le coronavirus (Covid-19) et les mesures de confinement, les défis qui s’imposent ne doivent pas être fatals à l’unité nationale ni au climat socio-politique. La base de cette unité, la détermination politique de poursuivre le redressement du pays est à présent si rigoureuse, si consciente et demeure le véritable espoir de tous.
B. C.

Le Maghreb, 05 mai 2021

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