L’optimisme plie son échine (Edito du Quotidien d’Oran)

par Abdou BENABBOU


L’Inde est dans une situation dramatique. Les nouvelles sont terrifiantes au point d’interpeller l’imagination sur d’autres plus anciennes, plus morbides à travers le déambulement hésitant de files de lépreux. Un désastre humain d’une fin du monde avec le décompte impossible des corps en feu terrassés. On se doutait bien d’un holocauste possible embrasant le sous-continent indien où près d’un milliard et demi d’humains sont entassés si d’aventure la pandémie y avait décidé de planter avec rage ses dents. Les Indiens de New Delhi ou de Mumbai avaient eux aussi parlé d’une immunité sanitaire, dans le vague et sans la solidité des arguments, en certifiant que le pays était prémuni contre le satanisme du virus. Les mages et les devins avaient tort et sont coupables d’avoir traîné en la tirant par les oreilles une large frange de l’humanité.

Les Algériens sont dans un bain similaire, moins ardent mais touffu de commentaires et de thèses contradictoires de savants autoproclamés pour ne pas dissiper l’image d’un pays qui a vaincu le virus. On s’en tient aux chiffres officiels qui rassurent sans que l’opinion publique se préoccupe outre mesure du désarroi et des alertes du corps médical. On a tendance à s’en tenir à l’adage qui veut «que le malheur évite la tête et qu’il aille où bon lui semble».

Pourtant, partout ailleurs à travers le monde, l’optimisme voit son échine se plier. Autorités politiques et population paraissent enclines à baisser les bras faute de trouver une nouvelle recette de vie. La succession des confinements et leurs contraires et le sevrage multiforme des masses sont l’aveu d’une défaite criarde contre un diable dont on ne saisit plus les contours de son visage hideux.

Bousculer le cours normal de la culture quotidienne des êtres est un exercice impossible. Aucun remède n’est à portée de main pour concilier la décision politique autoritaire d’avec n’importe laquelle des draconiennes mesures sanitaires objectives et impératives pour le bien de tous. On l’a vu dans différentes contrées, mourir par la faim est plus tangible que la mort par le virus. Puis il est inconcevable pour l’homme d’éterniser pour toujours les replis et les distanciations vite assimilés comme une autre forme d’enterrement. Le regroupement et le besoin de proximité sont des fondements de l’humain. Le terrible malheur qui frappe l’Inde aujourd’hui montre ce que ces fondements peuvent parfois drainer de mortels paradoxes.

Le Quotidien d’Oran, 28 avr 2021

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