Le silence de Biden laisse en suspens la position américaine sur le Sahara occidental

Le Conseil de sécurité de l’ONU abordera mercredi prochain la situation du territoire par la voie de la MINURSO

MADRID, 17 avr (EUROPA PRESS) – Le 10 décembre 2020, le président américain de l’époque, Donald Trump, a déplacé l’échiquier politique au Maghreb. Il a reconnu la souveraineté marocaine au Sahara occidental, un geste symbolique de soutien à Rabat dont a hérité l’actuel locataire de la Maison Blanche, Joe Biden, pour l’instant peu enclin à prendre de nouvelles mesures sur le sujet.

Trump a ensuite fait valoir qu' »un État sahraoui indépendant n’est pas une option réaliste » et a accordé au Maroc une victoire pour laquelle le roi, Mohamed VI, a manifesté sa « profonde gratitude ». Elle est intervenue au lendemain d’un accord pour le rétablissement des relations entre le Maroc et Israël, une étape également revendiquée par Trump.

L’administration Biden n’a pas encore fait de déclaration claire sur la question, bien que le sujet reste brûlant. À la mi-février, plus de 20 sénateurs ont écrit au président pour lui demander de reconsidérer une décision qu’ils considèrent comme « erronée » et de promouvoir la tenue d’un référendum d’autodétermination dans l’ancienne colonie espagnole.

Le département d’État américain a évité de préciser, en réponse aux questions d’Europa Press, s’il y aura ou non un changement à court terme, se limitant à une position officielle qui reste ambiguë. « Les États-Unis continueront à soutenir le processus de l’ONU pour mettre en œuvre une solution juste et durable au différend sur le territoire du Sahara occidental », a déclaré un porte-parole.

Parmi les scénarios qui sont évoqués pour l’avenir, il y a la possibilité que Biden finisse d’appliquer la doctrine Trump, par exemple avec l’ouverture d’un consulat à Dakhla et une extension de l’accord de libre-échange pour inclure les terres et les eaux du Sahara occidental, quelque chose d' »improbable » de l’avis des chercheurs Haizam Amirah-Fernandez et Isabelle Werenfels, qui ont analysé la question pour le « think tank » Institut Royal Elcano.

Ces experts craignent également que le gouvernement américain actuel ne revienne officiellement sur l’annonce de Trump et ne retourne à la case départ, ce qui « conduirait à un retour au statu quo antérieur et prolongerait indéfiniment l’impasse ».

Le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Salek, s’est prononcé ce mois-ci en faveur de cette possibilité, appelant Biden à « annuler le crime odieux commis par Trump avant son départ de la Maison Blanche, car il s’agit d’une « violation de la Charte des Nations unies et de la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) ».

UNE NOUVELLE IMPULSION

La voie médiane consiste à profiter du fait que Trump a remis l’accent sur un conflit stagnant pour pousser à une solution politique, ce qui impliquerait de réunir toutes les parties autour d’un dialogue qui résiste. Amirah-Fernandez et Werenfels estiment qu’il existe une « fenêtre d’opportunité » qui peut être saisie maintenant.

Pour aller de l’avant, dans tous les cas, la coopération de toutes les parties est nécessaire. Rabat n’a pas bougé d’un iota de son plan d’autonomie, tandis que le Front Polisario, qui contrôle la République arabe sahraouie démocratique (RASD), revendique sans ambiguïté le droit à l’autodétermination.

Traditionnellement, le poids de la médiation incombe aux Nations unies, même si le processus a connu de nombreux rebondissements depuis l’accord de paix de 1991, qui a également conduit à la création de la mission de paix (MINURSO) et à l’engagement – reflété dans le nom même de la mission – d’organiser un référendum.

Le dernier envoyé spécial de l’ONU, l’ancien président Horst Koehler, a réussi à relancer le dialogue, mais sa démission en mai 2019 a plongé le processus dans de nouvelles limbes. Le Secrétaire général des Nations unies, qui est responsable de la nomination, se contente de dire qu’il est toujours à la recherche d’un candidat qui conviendra au poste et l’acceptera.

« C’est un poste compliqué », a admis le porte-parole du bureau, Stéphane Dujarric, lors d’une conférence de presse fin mars, qui espère « trouver la bonne personne » pour ce poste. Les médias régionaux ont mis plusieurs noms sur la table ces derniers mois, mais jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’a atteint un consensus minimum.

Ce mercredi 21 avril, le Conseil de Sécurité de l’ONU a une nouvelle réunion avec le Sahara Occidental, pour évaluer la situation et entendre le rapport du chef de la MINURSO.

LE RÔLE DE LA FRANCE

La France a historiquement joué un rôle clé sur la scène sahraouie, en raison de son soutien ouvert à la cause du Maroc. Comme Trump, Paris défend également le plan d’autonomie de Rabat pour l’ancienne colonie espagnole, même si ces derniers jours, il a été contraint de se retirer d’une controverse impliquant le parti du président français, Emmanuel Macron.

La République en marche (LREM) a annoncé l’ouverture d’un bureau dans la ville de Dakhla, ce qui a été accueilli avec des critiques de la part du Polisario. Si, dans un premier temps, le ministère français des Affaires étrangères a refusé d’évaluer cette démarche, se limitant à défendre une « solution politique juste et durable acceptée par les deux parties », il a finalement pris position.

Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a expliqué cette semaine devant l’Assemblée nationale qu’il s’agit d’une « initiative prise localement », mais a dit le « regretter ». « Cela ne change rien à la position de la France sur cette question très sensible », a-t-il ajouté, avec un soutien explicite à la MINURSO et un appel à un nouvel envoyé spécial des Nations unies.

Europa Press, 17 avr 2021

Etiquettes : Sahara Occidental, Maroc, ONU, France, Etats-Unis, Joe Biden,



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