Le Maroc à l’ère du Covid : Entre désir et volonté


Zouhir Louassini

Il était très amusant, du moins pour moi, d’écouter le discours de l’eurodéputée Silvia Sardone dans lequel elle a sévèrement critiqué les gouvernements européens pour la lenteur et l’inefficacité de la gestion des vaccins anti-Covid19 : « Même le Maroc a fait mieux que nous ! » s’est-elle exclamée sur un ton méprisant.

En fait, tous les journaux italiens, ainsi que les journaux internationaux, ont loué la méthode adoptée par le Maroc pour faire face à la pandémie dans son ensemble et, en particulier, dans le processus de vaccination. Nous ne pouvons qu’apprécier ce succès et féliciter tous ceux qui ont contribué à sa réalisation.

Cependant, ce résultat nous amène à nous poser des questions urgentes sur l’efficacité de l’État face à des problèmes non moins importants que la pandémie qui a frappé le monde, et qui a démontré en pratique les limites de nombreux pays et leur impuissance face aux situations d’urgence.

La pandémie a ainsi montré au monde – sans détourner l’attention de la tragédie – que le Maroc possède des qualités et des capacités dignes d’admiration. Il est donc naturel de se demander quelles sont les raisons qui freinent ses progrès dans d’autres domaines, non moins cruciaux.

C’est une question de désir et de volonté. Lorsque l’on veut poursuivre un objectif avec précision, il existe à Rabat la possibilité de choisir les bonnes personnes et d’employer toutes les ressources nécessaires. Il est donc plus que légitime de penser que, si le même effort était déployé pour résoudre les nombreux autres problèmes en suspens, il serait possible pour le Maroc de faire le grand saut nécessaire pour rejoindre les rangs des pays développés.

Certains esprits chagrins diront que la contagion ne fait pas de distinction entre les riches et les pauvres, et que la vaccination a donc réussi parce que le désir et la volonté sont orientés vers la protection des élites qui profitent des atouts de ce pays. En d’autres termes, la majorité de la population aurait été vaccinée pour enrayer une infection qui peut toucher même les Marocains de « première classe ». Et il est vrai que le Maroc, malheureusement, souffre encore de grandes inégalités sociales qui rendent tous les soupçons possibles, même les plus absurdes.

Le succès impressionnant qui a accompagné le processus de vaccination nous incite donc à insister sur la capacité du Maroc à aller dans la bonne direction. Tout retour en arrière, à partir de maintenant, ne peut trouver aucune justification.

Un exemple ? Lorsque, comme cela s’est produit ces dernières années, l’enseignement public est détruit : cela se produit par volonté ou par manque de volonté de « vacciner » le peuple marocain contre le fléau de l’ignorance, le privant ainsi de l’outil le plus efficace capable d’activer « l’ascenseur social » qui permet aux classes opprimées de changer leur statut.

On peut dire la même chose du secteur de la santé : en abandonnant la vie même des citoyens aux mains d’entreprises privées, on a permis l’affirmation de logiques totalement entrepreneuriales, fondées exclusivement sur le profit. Avec pour conséquence de négliger les plus faibles et d’abandonner les plus pauvres à leur sort. Qui, ne l’oublions pas, sont très nombreux.

La pandémie nous a montré la voie : tout ce qui s’est passé de positif pendant cette crise sanitaire pourrait être le début d’une nouvelle phase. Une phase caractérisée par un changement profond des perceptions, propice au passage vers de nouveaux et meilleurs horizons. Ceux dans lesquels notre pays devrait se trouver.

La volonté qui s’est traduite par le succès doit s’étendre à tous les secteurs de notre pays. Il suffirait de mettre fin à la stupidité de ceux qui offensent les Marocains en les frappant et en les maltraitant lorsqu’ils manifestent dans les rues ; il suffirait d’abolir les peines de prison pour les personnes qui demandent une vie meilleure ; il suffirait de mettre fin aux simulacres de procès organisés pour arrêter quiconque élève la voix contre « le régime ».



Le Maroc, celui qui a si brillamment affronté Covid19, est assez fort pour ne pas être perturbé par la confrontation d’opinions différentes. Elle est plus forte que les actions de certains hommes de pouvoir qui sont nostalgiques d’une époque lointaine. Et il est également assez fort pour ne pas être ébranlé par les critiques normales, celles que nous entendons quotidiennement contre tous les gouvernements des pays démocratiques.

Après la vaccination de masse, le Maroc devrait cesser de parler de transition démocratique et s’engager à construire une véritable démocratie qui garantisse jusqu’au bout l’indépendance entre les pouvoirs de l’État.

C’est la seule façon pour nous de nous transformer en un pays avancé, digne de son environnement européen ; et d’arrêter enfin de justifier tout ce qui ne va pas par la phrase habituelle : « Nous sommes meilleurs que beaucoup d’autres pays arriérés ».

En y réfléchissant, la gestion de la pandémie par le Maroc a même le mérite de réconcilier Aristote et Platon sur la vieille controverse concernant la manière la plus appropriée d’orienter la société vers le meilleur : changer les institutions ou corriger la conscience des individus. Nous avons finalement trouvé la solution : les deux sont indispensables !

Quand on en a vraiment besoin, les qualités nécessaires sont là : nous l’avons prouvé. Le Maroc a besoin des efforts de tous, en particulier de sa classe dirigeante, pour changer l’avenir en mieux. Et aussi pour faire comprendre à Mme Sardone (et à beaucoup d’autres qui pensent comme elle) que la véritable « anomalie », en 2021, réside dans le fait que, si le Maroc est encore un pays « arriéré », c’est par manque de désir et de volonté.

Arab Press, 7 avr 2021

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