Mauritanie : Ould Ghazouany l’africain

Depuis son arrivée au Pouvoir il y a un peu moins de deux ans, le président Ould Ghazouany ne cesse de marquer son empreinte en Afrique noire. Lors de son séjour la semaine dernière au Niger, il a reçu la quasi-totalité de ses pairs invités à la cérémonie de prestation de serment de l’hôte.

Manifestement, l’homme cherche à redonner à la Mauritanie son image d’antan, de trait d’union entre les deux Afriques, mais surtout de pays qui qui continue à se revendiquer de l’Afrique de l’ouest.

Il faut dire que se sentant, depuis longtemps, à l’étroit dans sa posture africaine, surtout depuis sa sortie cavalière de la CEDEAO, notre pays passe pour être l’incompris des « frères ». Au nord, il est le petit poussin d’une intégration maghrébine qui demeure utopique, car largement tributaire d’une impossible entente entre l’Algérie et le Maroc, véritables poumons de l’UMA. Au sud, il cultive plutôt le complexe d’une ridicule supériorité (civilisationnelle) supposée et multiplie les impairs ; ce qui lui donne une image désolante si elle n’est des plus exécrable.

Oubliant les innombrables services qui lui avaient été rendus par les pays d’Afrique noire au moment crucial du combat pour son existence, la Mauritanie des chauvins qui se sont emparés des affaires et du système, s’est résolument évertuée à s’éloigner, le plus loin possible, de son univers africain. Elles sont nombreuses les générations qui ont été éduquées à la méconnaissance et au mépris de l’Afrique.

Ce rejet feutré, mais souvent fort, se traduit, parfois, par le traitement inhumain réservé aux ressortissants sub-sahariens vivant dans le pays. Véritable souffre-douleur des services de sécurité désœuvrés, ces hôtes qui décident de vivre parmi nous, paient chère la facture du séjour dans le pays « africain » que nous proclamons être. Pour ces ressortissants-là, c’est le déni des droits les plus élémentaires. C’est aussi la prison garantie pour la moindre infraction au plus désuet des codes que personne ne respecte par ailleurs. Les autres sales petits tours du flic du coin et des « extravagances » des puissants contre eux sont légion.

En son temps, le président Ould abdel Aziz n’a pas cessé de réitérer la volonté de notre pays de rester dans le sillon du Sahel et partant, de sauver cette vaste étendue des dérives de mouvements terroristes. Pipos ! Que de paroles vides et de slogans creux ! Dans ce pays, le jeu est clair : l’Afrique ne pèse strictement rien en dehors des discours protocolaires. Ses valeurs sont minimisées, ses symboles ridiculisés, ses orientations stratégiques sabotées. Tout ce qui permet l’éclosion d’un rapprochement entre elle et une partie du peuple mauritanien est diabolisé. Ce n’est certes pas comme ce qui se faisait lors de la défunte Afrique du Sud avant la chute de l’Apartheid, mais cela est fait d’une telle dureté qu’il frappe l’attention ! Pourtant, á y voir de près, les communautés mauritaniennes qui écument le continent, sont, de loin, plus importantes et plus bénéfiques pour notre pays et son peuple que toutes les autres communautés expatriées dans les autres continents réunis. Partout, dans cette Afrique cible, nos compatriotes s’installent, travaillent et vendent l’image d’un pays dont pourtant les orientations diplomatiques, dictées par un chauvinisme à deux francs, sont à l’opposé des intérêts et des aspirations véritables de son peuple.

Les centaines de milliers des nôtres qui paient aujourd’hui, sans raison et au prix fort, la facture de notre sortie intempestive de la CEDEAO, ne diront pas le contraire. Proclamer son attachement à la sécurité des peuples du Sahel, c’est-à-dire, d’Afrique, n’est pas compatible avec les mauvais traitements et l’humiliation que subissent, exclusivement et de manière discriminatoire, les ressortissants subsahariens dans notre pays.

Ceci passe d’abord par le respect des nobles valeurs des pères fondateurs de l’OUA et l’observation stricte des engagements et contraintes du bon voisinage et du respect mutuel, seuls garants des échanges vitaux entre les peuples du continent. C’est manifestement ce que cherche à prévaloir le président Mohamed Ould Ghazouany. 

Tout le mal que l’on puisse lui souhaiter, c’est la réussite au bout des efforts.
Oumar Moctar

L’Authentique, 5 avr 2021

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