Maroc : De Nombreuses ONG internationales demandent la libération d’Omar Radi et de garantir un procès équitable (POMED)

Déclaration commune aux autorités marocaines : Libérez Omar Radi et garantissez un procès équitable

Alors que le procès d’Omar Radi, journaliste primé et militant des droits humains, doit s’ouvrir au Maroc le 6 avril 2021, les organisations soussignées appellent les autorités marocaines à lui accorder la liberté provisoire et à garantir un procès équitable à toutes les parties.

Le procès s’ouvre dans un contexte où ce qui reste de la liberté de la presse au Maroc est assiégé, et où ceux qui osent critiquer publiquement le régime de plus en plus répressif font face à des poursuites sur la base d’accusations douteuses et à des campagnes de diffamation par des médias étroitement alignés sur les autorités. Au milieu de ces attaques, Akhbar al-Yaoum, l’un des derniers journaux indépendants du pays, a mis fin à ses activités après 14 ans.

Les autorités marocaines maintiennent M. Radi en détention provisoire depuis le 29 juillet 2020, sans lui fournir une seule fois une justification crédible et individualisée pour le priver de sa liberté, au mépris des normes internationales. Nous appelons en outre les autres États à soulever le cas de M. Radi auprès du Maroc au plus haut niveau, et à faire pression sur les autorités marocaines pour qu’elles veillent à ce qu’aucun accusé ne soit détenu avant son procès, sauf sur la base de raisons impérieuses, explicitées et examinées régulièrement par un organe judiciaire indépendant. La détention avant le procès doit être l’exception, et non la règle.

Le 23 mars 2021, un juge d’instruction a terminé son enquête sur les accusations portées contre M. Radi, notamment pour atteinte à la sécurité de l’État et viol. M. Radi sera jugé pour ces deux charges. Les accusations d’atteinte à la sécurité nationale portées contre M. Radi semblent n’être fondées sur rien de plus que le type de travail de diligence raisonnable journalistique ou d’entreprise et de contact avec des diplomates que de nombreux journalistes et chercheurs effectuent couramment. Le dossier ne contient aucune preuve qu’il ait fourni des informations classifiées à qui que ce soit, ou même qu’il ait eu accès à de telles informations.

Les autorités ont engagé des poursuites contre M. Radi peu après la publication par Amnesty International d’un rapport indiquant que le téléphone de M. Radi avait été ciblé à plusieurs reprises par des logiciels espions sophistiqués, et après des mois d’articles attaquant M. Radi sur des sites Internet que l’on pense être étroitement liés aux services de sécurité. L’accusation de viol portée contre M. Radi découle d’un incident qui a eu lieu dans la nuit du 12 juillet 2020. Une collègue a déclaré que M. Radi l’avait violée, alors qu’il affirme que leur rencontre cette nuit-là était consensuelle.

Nous affirmons le devoir impératif de mener une enquête approfondie et de demander des comptes aux auteurs d’agressions sexuelles. Nous sommes également préoccupés par le fait que l’accusation portée contre M. Radi survient dans un contexte où plusieurs journalistes, militants et hommes politiques indépendants ont été arrêtés, jugés ou emprisonnés sur la base d’accusations discutables d’inconduite sexuelle au cours des dernières années. Khmissa, un collectif féministe marocain qui appelle à défendre à la fois les droits des femmes et les libertés politiques, a récemment mis en garde contre l’armement des accusations de crimes sexuels par les autorités, y compris les relations sexuelles consenties, afin de discréditer et même d’emprisonner les dissidents.

En outre, les autorités ont accusé le journaliste marocain Imad Stitou de  » complicité  » dans le viol, après qu’il ait témoigné en tant que seule personne à avoir assisté à l’incident présumé, corroborant la version des faits de M. Radi. En inculpant M. Stitou, les autorités ont en fait annulé la valeur probante de son témoignage en tant que témoin de la défense. Le tribunal doit rendre son verdict sur la base d’un examen minutieux et équitable de toutes les preuves pertinentes, et permettre aux personnes accusées de crimes de disposer de tous les moyens adéquats pour se défendre.

Une presse libre et indépendante est essentielle à une gouvernance saine et aux relations entre l’État et la société, tout comme des procédures judiciaires équitables sont essentielles pour garantir la justice, en particulier pour les abus sexuels présumés.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée,

Amnesty International

Institut du Caire pour les études sur les droits de l’homme

CIVICUS

Comité pour la Protection des Journalistes

FIDH, dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme

Freedom House

Human Rights Watch

Fondation internationale des femmes pour les médias (IWMF)

Khmissa

MENA Rights Group

Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH)

PEN America

Projet sur la démocratie au Moyen-Orient

The Freedom Initiative

Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme

Source : Project on Middle East Democracy, 5 avr 2021

Etiquettes : Maroc, Omar Radi, Imad Stitou, presse, journalistes, HRW, Amnesty International, RSF, FIDH,

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