Le prince Hamzah bin Hussein de Jordanie “assigné à résidence”.

L’ancien prince héritier de Jordanie affirme qu’il a été placé en résidence surveillée dans le cadre d’une répression contre les critiques.

Dans une vidéo transmise à la BBC par son avocat, le prince Hamzah bin Hussein, demi-frère du roi Abdullah, accuse les dirigeants du pays de corruption, d’incompétence et de harcèlement.

Cette déclaration intervient après un certain nombre d’arrestations de haut niveau qui seraient liées à un prétendu coup d’État.

L’armée avait précédemment nié que le prince Hamzah était assigné à résidence.

Mais elle a déclaré qu’il avait reçu l’ordre de cesser toute action susceptible d’être utilisée pour porter atteinte à la “sécurité et à la stabilité” du pays.

Cette mesure intervient apparemment après une visite du prince à des chefs tribaux, où il aurait recueilli un certain soutien.

Le prince Hamzah a nié tout acte répréhensible et a déclaré qu’il ne faisait partie d’aucune conspiration.

Que dit le prince ?

Dans la vidéo enregistrée samedi, il déclare : “J’ai reçu ce matin la visite du chef d’état-major général des forces armées jordaniennes, qui m’a informé que je n’étais pas autorisé à sortir, à communiquer avec les gens ou à les rencontrer parce que dans les réunions auxquelles j’avais assisté – ou sur les médias sociaux relatifs aux visites que j’avais effectuées – il y avait eu des critiques à l’égard du gouvernement ou du roi.”

Il affirme qu’il n’a pas été accusé d’avoir formulé lui-même ces critiques.

Cependant, il poursuit : “Je ne suis pas la personne responsable de l’effondrement de la gouvernance, de la corruption et de l’incompétence qui prévaut dans notre structure gouvernementale depuis 15 à 20 ans et qui ne fait qu’empirer…. Et je ne suis pas responsable du manque de confiance des gens dans leurs institutions.

“Nous avons atteint un point où personne ne peut parler ou exprimer une opinion sur quoi que ce soit sans être intimidé, arrêté, harcelé et menacé.”

Les arrestations politiques de haut niveau sont rares en Jordanie, un allié clé des États-Unis au Moyen-Orient.

Profil de la Jordanie

Le pays dispose d’une puissante agence de renseignement qui s’est vu accorder de nouveaux pouvoirs depuis la pandémie de coronavirus, ce qui a suscité les critiques des groupes de défense des droits.

L’Égypte, les États-Unis et la Cour royale saoudienne ont exprimé leur soutien au roi Abdallah.

Il s’agit d’une crise royale qui semble avoir échappé à tout contrôle. Si la famille royale jordanienne n’est pas la première famille royale du monde à connaître une telle situation cette année, la Jordanie connaît néanmoins des problèmes particuliers.

Son économie, déjà mise à mal avant l’arrivée de Covid, est en mauvais état et le mécontentement de la population ne cesse de croître. Dans un message vidéo rappelant celui de la princesse Latifa emprisonnée à Dubaï, le fils du défunt roi Hussein de Jordanie a accusé son gouvernement de corruption, de népotisme et d’incompétence.

Il affirme que tout son personnel a été arrêté, que lui et sa famille ont été assignés à résidence au palais Al-Salaam, à l’extérieur d’Amman, et que ses communications ont été restreintes.

Dans la vidéo, transmise à la BBC, il décrit un pays en proie à la peur, où toute personne qui critique le gouvernement risque d’être arrêtée par la police secrète.

Qui est le prince Hamzah ?

Fils aîné de feu le roi Hussein et de son épouse préférée, la reine Noor, le prince Hamzah est diplômé de la Harrow School et de l’Académie militaire royale de Sandhurst, au Royaume-Uni, et a fréquenté l’université Harvard aux États-Unis. Il a servi dans les forces armées jordaniennes.

Il a été nommé prince héritier de Jordanie en 1999 et était le favori du roi Hussein, qui le décrivait souvent en public comme le “plaisir de mes yeux”.

Cependant, il était considéré comme trop jeune et inexpérimenté pour être nommé successeur au moment de la mort du roi Hussein.

C’est le roi Abdallah qui monte sur le trône et qui retire à Hamzah le titre de prince héritier en 2004.

Cette décision a été considérée comme un coup dur pour la reine Noor, qui avait espéré voir son fils aîné devenir roi.

La Jordanie est un allié clé des États-Unis et a aidé les forces américaines dans des opérations de sécurité. Elle est également un partenaire de la campagne menée par les États-Unis contre le soi-disant État islamique.

Le pays dispose de peu de ressources naturelles et son économie a été durement touchée par la pandémie. Le royaume a également absorbé des vagues de réfugiés de la guerre civile dans la Syrie voisine.

Qui d’autre a été arrêté ?

Parmi les autres personnes arrêtées samedi figurent Bassem Awadallah, un ancien ministre des finances, et Sharif Hassan Bin Zaid, un membre de la famille royale.

M. Awadallah, un économiste qui a fait ses études aux États-Unis, a été un confident du roi et une force influente dans les réformes économiques de la Jordanie.

Il s’est souvent trouvé confronté à une bureaucratie gouvernementale retranchée qui résistait à ses réformes.

BBC, 3 avr 2021

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