Maroc : Un avion militaire pour rapatrier les émigrés clandestins des Îles Canaries

La défense confirme qu’un Hercules marocain a atterri aux îles Canaries pour rapatrier des migrants

Elcierredigital.com a déjà découvert en exclusivité l’arrivée d’un avion de l’armée de l’air marocaine à l’aéroport de Gran Canaria pour transférer 62 migrants de cette île à El Aaiún. Malgré le démenti d’Aena concernant ces vols, certains militaires espagnols, qui ont été témoins, confirment que l’avion en provenance de Casablanca a survolé l’espace aérien espagnol pour embarquer des migrants avec l’autorisation du gouvernement espagnol.
Le scandale des différents atterrissages à l’aéroport de Gran Canaria, par un avion militaire C-130H-LM Hercules de la compagnie aérienne Royal Moroccan Air Force, en provenance de Casablanca, -qui a été identifié sous la ligne régulière Royal Air Maroc-, le 20 janvier dernier, ainsi que le 23 décembre 2020, a été découvert par Elcierredigital.com, à travers le site expert en vols FLIGHTRADAR 24.

Cette controverse, ouverte par l’avion militaire marocain qui a survolé l’espace aérien espagnol à plusieurs reprises, éclabousse le gouvernement espagnol, par le fait de permettre à ces avions d’être responsables du rapatriement des immigrés en situation irrégulière pour qu’ils soient transférés dans leur pays d’origine, surtout lorsque le ministère de l’Intérieur a attribué 10,8 millions d’euros à la société Air Nostrum pour remplir cette fonction.

Certains militaires qui ont assisté à l’arrivée du Hercules marocain à l’aéroport de Gran Canaria le 20 janvier, déclarent en exclusivité à Elcierredigital.com qu’ils ont reçu « l’ordre de préparer le hangar situé dans la zone militaire de cette base aérienne dans l’attente de recevoir des dizaines d’immigrants irréguliers qui sont arrivés dans de petites embarcations sur les îles ces derniers mois, dans le but d’être rapatriés au Maroc ».

Témoignages de militaires

Le dispositif préparé par le Commandement aérien des Canaries (MACAN), selon ces sources aéroportuaires, pour l’évacuation des migrants marocains, a été réalisé par le transfert de 62 migrants dans un bus privé qui a pénétré dans la zone militaire de l’aéroport de Gran Canaria, où ils ont été reçus par les militaires responsables de cette opération de rapatriement, qui se sont chargés de l’accueil et de l’embarquement des Maghrébins dans l’avion Hercules à destination de El Aaiún, selon les traversées effectuées en janvier.

« En principe, il a été suggéré qu’un plus grand nombre de migrants soit inclus dans la liste des rapatriés, étant donné la mise à disposition du hangar qui était géré pour ces voyages aériens, mais finalement, cette liste a été réglée avec 62 Marocains qui ont été transférés sous la responsabilité du gouvernement marocain », ont souligné ces sources militaires espagnoles à notre média.

Les sources consultées du ministère de la Défense soutiennent que « l’une des raisons de l’utilisation d’avions militaires pour matérialiser le retour de ces migrants marocains tient à la possibilité que ces rapatriés soient d’anciens détenus ayant purgé des peines dans des prisons marocaines, raison pour laquelle les mesures de sécurité pour ces voyages sont maximisées », mais elles allèguent également que « le Hercules marocain pourrait transporter des migrants ayant un profil militaire, ou du personnel lié à des négociations économiques aux Canaries, voire le transport de certaines marchandises ».

Il est essentiel de souligner que, les sources policières consultées, dénoncent « l’insécurité dont souffrent les agents de la police nationale qui gardent les migrants pendant les vols de rapatriement vers le Maroc sur des lignes régulières, car ces Marocains ne respectent pas les règles de Covid-19 dans les avions, incitent au désordre pendant les voyages et à la confrontation avec l’autorité policière, ainsi que la crainte des agents espagnols de trouver des difficultés pour retourner en Espagne, une fois ce service terminé ».

L’itinéraire marqué par le transpondeur

Cet avion militaire Hercules, appartenant à la Royal Moroccan Air Force, -Moroccan Air Force-, a été identifié, selon les sites internet d’Aena et de FLIGHTRADAR 24, sous la ligne régulière Royal Air Maroc, dans les huit liaisons aériennes qu’il a effectuées entre le 20 janvier 2021 et le 23 décembre 2020, remplissant le même plan de vol à chaque fois.

Les experts aéronautiques indiquent à Elcierredigital.com qu' »il est impossible que le transpondeur d’un avion émette un signal erroné par rapport à sa véritable identification », c’est-à-dire que « le Hercules a émis à travers son transpondeur sa véritable identification militaire bien qu’il ait opéré comme un vol civil sous une compagnie aérienne civile comme le soulignent ces pages aériennes, mais l’avion était militaire, il n’y a donc aucun doute sur l’atterrissage de ce Hercules sur le sol espagnol, lorsqu’il a atterri à l’aéroport de Gran Canaria ».

Le Hercules a décollé de Casablanca, a atterri à Gran Canaria (AT976-C-130-RAM976Q), puis a volé jusqu’à El Aaiún (AT999-C-130-RAM999Q), pour voler à nouveau vers l’aéroport de Gran Canaria (AT998-C-130-RAM998Q), et enfin, est retourné à Casablanca (AT977-C130-RAM977Q), exécutant ces quatre routes aériennes en une seule journée.

En outre, la page FLIGHTRADAR 24 a enregistré, au cours de la journée du 20 janvier, le décollage d’un avion militaire espagnol de la base aérienne militaire de cet aéroport canarien, l’avion CASA CN-235-MPA100 de l’armée de l’air espagnole, qui a survolé les eaux territoriales canariennes, et un autre vol important, celui du Service de sauvetage aérien-SAR, qui a décollé, en coordination avec le Guardamar Talía de Salvamento Marítimo, pour le sauvetage de migrants dans de petites embarcations qui naviguaient vers Gran Canaria au cours de cette journée.

La défense contredit Aena

Les informations fournies par les sources militaires consultées par ce média, qui étaient présentes lors de l’opération de rapatriement des migrants depuis la zone militaire de l’aéroport de Gran Canaria, contredisent les déclarations publiques d’AENA qui a catégoriquement nié l’atterrissage de l’avion militaire Hercules dans cet espace aéroportuaire.

AENA avait alors affirmé que « cette confusion dans l’identification de cet avion était due à une erreur dans l’enregistrement de cet avion du Maroc, attribuant par erreur l’enregistrement de l’avion militaire à l’avion régulier de Royal Air Maroc en raison d’une panne de transpondeur ». Selon AENA, il s’agissait d’une défaillance technique générée par le transpondeur mais elle a assuré à tout moment que cet avion était civil, malgré le fait que le site web FLIGHTRADAR 24 visualisait clairement l’entrée dans l’espace aérien espagnol du Hercules militaire en provenance de Casablanca.

Cependant, consulté le site web FLIGHTRADAR 24 par elcierredigital.com, ils ont reconnu qu' »ils n’ont pas opposé une prétendue erreur du transpondeur de cet avion à la compagnie Royal Air Maroc », bien qu’ils aient attribué une possible défaillance aux algorithmes du transpondeur pour tenter d’expliquer la double identification du Hercules militaire marocain.

En outre, les experts en plans de vol consultés par Elcierredigital.com, précisent avec force qu' »il est impossible pour un avion militaire ou civil présentant une erreur d’immatriculation d’obtenir l’autorisation de décoller ou d’atterrir dans n’importe quel aéroport du monde, précisément pour éviter les accidents aériens », et indiquent : « Les plans de vol recueillent toutes les informations relatives à l’avion qui va effectuer un trajet, il est donc également impossible que ces feuilles de route soient approuvées avec des erreurs, car elles constituent le guide pour les tours de contrôle des aéroports et les contrôleurs aériens ».

De plus, ajoutent-ils, « si une telle erreur d’enregistrement s’était produite avec le Hercules, cet avion n’aurait pas pu faire ses quatre voyages en une journée sans générer encore plus de confusion, ni obtenir l’autorisation de voler, ni utiliser le transpondeur s’il émettait réellement des erreurs d’identification car son signal est envoyé tout au long du vol à la tour de contrôle, il est donc confirmé, selon un témoignage militaire, que cet avion militaire marocain a survolé l’espace aérien espagnol ».

Elcierredigital.com a également consulté les itinéraires décrits de ce Hercules de la Force Aérienne Royale Marocaine, effectués entre le Maroc et les îles Canaries, auprès de l’entité européenne Eurocontrol, sans obtenir de réponse pour le moment.

El Cierre Digital, 1 avr 2021

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