L’Afrique, continent maudit ?

Alors qu’on croyait, naïvement peut-être, que l’Afrique a tourné le dos à ses vieux démons, l’actualité nous fait encore une fois douter et nous renvoie aux temps sombres faits de guerres et de tensions à l’issue dramatique. Aujourd’hui, le continent noir n’en n’a pas fini avec ses soubresauts. Telle une pandémie, les zones de turbulences réapparaissent aux quatre coins de cette étendue. Les faits relayés par les médias sont témoins, chaque jour, de cette descente aux enfers : des présidentielles contestées comme en Côte d’Ivoire avec, à la clé, plus de 85 morts dans des violences électorales, des incursions terroristes en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, des attentats en Somalie,…

L’Afrique est aussi victime d’autres maux. La présence de plus de 40 millions d’armes illicites parmi les civils sur le contient représente un réel danger pour la sécurité et la prospérité des peuples africains. Au quotidien, les manchettes de journaux font état de massacres à ciel ouvert poussant sur les chemins de l’exode des centaines de milliers de personnes. Coups d’états, crises politiques aux causes diverses mais aux origines puisées de rancœurs claniques et tribales, apparition de bandes armées très souvent sans motivations claires, ni politiques ni territoriales, mais aux ramifications prouvées avec le crime transnational, naissances des germes indépendantistes comme dans la région du Tigré en Ethiopie ou en Somalilande, un état autoproclamé mais non reconnu par la communauté internationale, viennent compléter cet inventaire sinistre.

Ayant rejeté toutes les greffes que l’occident a voulu lui imposer tant sur le plan politique qu’économique, l’Afrique sombre à travers certains de ses dirigeants dans l’ivresse du pouvoir qui les fait perdre le vocable de l’alternance et les éloigne de la réalité imposées par les mutations sociales des peuples africains et leurs aspirations à plus de pratiques démocratiques et de transparence dans la gestion des affaires du pays. Dans d’autres contrées pas trop lointaines, des appétits territoriaux voraces et prédateurs sont aiguisés à distance par des «sorciers blancs», toujours influents dans certains pays du continent dont le seul but est de siphonner jusqu’au tarissement les ressources naturelles du pays visé, au grand dam du droit international et des résolutions onusiennes.

L’Afrique demeure ainsi l’otage des siens et des autres. Mais l’espoir qu’elle continue de véhiculer fascine toujours grâce à des éclaircis d’expériences démocratiques ici et là. Au Niger, le second tour de la présidentielle, prévu le 21 février prochain, incarne, si besoin est, cette réussite d’une transition démocratique qui fait défaut à tant de pays, entamée depuis le début des années 1990 juste après le décès du général Seyni Kountché en 1987 et qui, depuis 1974, incarnait la confiscation du pouvoir.

El Moudjahid, 2 fév 2021

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