Bruxelles finance indirectement le réseau d’espionnage du Maroc (livre)

Bruxelles finance indirectement le réseau d’espionnage du Maroc
Les services secrets marocains en Belgique beaucoup plus influents qu’on ne le pensait

« Le vice-président de l’exécutif musulman démissionne après des allégations d’espionnage » , ont titré mercredi les journaux . Je ne peux pas dire que je suis surpris. Au contraire. Mais je suis d’autant plus concerné. Il est temps de se poser des questions fondamentales sur le vaste réseau que les puissances étrangères exercent dans notre pays. Plus précisément les services secrets marocains et turcs.

Erreurs du débutant ou cécité structurelle?

Depuis la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars, on sait quel rôle central joue la Grande Mosquée de Bruxelles dans la radicalisation des musulmans locaux. Le ministre de la Justice de l’époque, Koen Geens, a eu l’idée brillante de remettre la mosquée à l’exécutif musulman (également «l’exécutif des musulmans de Belgique, EMB» – éd.), Pour, soi-disant, contrer les mouvements radicaux. Pourtant, peu de temps après, on a appris qu’il y avait encore des imams «importés» qui parlaient à peine notre langue et qui étaient payés par l’Arabie saoudite.


«Une erreur de débutant», fut la réaction de Geens. Cependant, il apparaît maintenant que les services secrets marocains ont désormais infiltré la Grande Mosquée par l’intermédiaire de l’exécutif musulman. On ne peut donc plus parler d’erreurs de débutant, mais plutôt de cécité structurelle.

Elle rapporte dans son propre rapport que certains membres ont utilisé leur adhésion à des fins extrémistes

Cependant, quiconque connaît l’exécutif musulman sait qu’il y a des problèmes depuis longtemps. L’institution elle-même l’admet désormais. Elle rapporte dans son propre rapport que certains membres ont utilisé leur adhésion à des fins extrémistes. Ils auraient également conspiré pour paralyser le fonctionnement de l’exécutif. Quatre Bruxellois et une poignée de représentants flamands auraient incité la communauté musulmane à se retourner contre l’OGE. « Pendant des années, ils ont essayé de paralyser l’EMB et de détourner ses membres d’un islam institutionnalisé. » Le rapport note en outre comment en 2019 – à la même période où les Saoudiens ont été expulsés de la Grande Mosquée de Bruxelles – de nombreux « mouvements » ont été soudainement identifiés qui voulaient prendre le contrôle de l’exécutif musulman.

La porte arrière reste ouverte

Un an après, désormais nous remarquons que nous avons peut-être poussé les Saoudiens par la grande porte, mais en même temps, leur position a été remplacée par d’autres pays. Auparavant, Nadia Sminate et moi avons identifié toutes sortes d’influences étrangères négligées dans l’exécutif musulman. Surtout dans l’organisation à but non lucratif AFOR, qu’ils ont fondée. L’organisation à but non lucratif avait pour mission de fournir la partie islamique de la formation des imams belges. Une éducation qui vient de naître – selon les mots de Koen Geens – «pour réduire toute influence étrangère».

Depuis des décennies, des pays comme la Turquie et le Maroc placent leurs populations dans toutes sortes de réseaux stratégiques

N’est-il pas cynique alors que non seulement le vice-président est le directeur de la branche belge du Turc Diyanet, mais que le directeur se révèle maintenant aussi être un espion marocain? Sans parler de l’influence de Milli Görüş. Depuis des décennies, des pays comme la Turquie et le Maroc placent leurs populations dans toutes sortes de réseaux stratégiques. Ce n’est clairement pas à Bruxelles, mais à Ankara et à Rabat que l’on détermine ce que les imams de ce pays prêcheront ou n’enseigneront pas.

Le fait que cette question soit en train d’émerger peut être une bonne occasion de réfléchir fondamentalement au rôle que joue le Maroc dans ce pays. Les services secrets marocains sont actifs ici depuis les années 1970. Au départ, ils gardaient principalement un œil sur les émigrants marocains. Après tout, ils craignaient de trouver d’étranges idées sur la démocratie et les droits de l’homme. Ou – Dieu nous en préserve – une administration sans corruption. Les réseaux informels mis en place au cours de ces années ont transmis pendant des décennies des informations sur chaque Marocain qui a commencé à avoir des idées «trop indépendantes» ici. Lors d’une visite dans le pays d’origine, il devait souvent en répondre.

Politique de tolérance

Pendant tout ce temps, notre propre sécurité d’État était (et est) consciente de la présence d’espions marocains dans notre pays. Certains travaillent comme diplomates à l’ambassade du Maroc. D’autres ont été recrutés dans la diaspora présente. Cela peut être révélateur. Après tout, notre pays a de bonnes relations diplomatiques avec le Maroc.


Ce n’est qu’après le 11 septembre, après les attentats-suicides de New York et de Madrid, que des questions ont commencé à se poser sur le rôle de la sécurité de l’État marocain en Belgique. Nous avait-il transmis toutes les informations nécessaires? Est-ce normal que nous soyons si dépendants d’eux?

C’est un secret de polichinelle que les services secrets marocains sont souvent mieux informés sur les tenants et les aboutissants de Borgerhout ou Molenbeek que notre propre sécurité d’État, chroniquement sous-dotée. Par exemple, sans la DGED marocaine (Direction générale des études et de la documentation), nous n’aurions jamais pu retrouver Abdelhamid Abaaoud (le combattant syrien responsable des attentats de Paris, 15 novembre 2015).

Mais cette information a un prix. Il est clair depuis un certain temps que l’influence du Maroc dans ce pays est bien plus grande qu’on ne le pensait auparavant. Par exemple, les services secrets marocains pourraient organiser des manifestations devant l’ambassade d’Algérie, répandre de fausses rumeurs, faire chanter les Marocains en Belgique, les intimider, les menacer et les poursuivre. Les méthodes agressives des agents de la DGED sont également connues dans nos pays voisins, comme les Pays-Bas, la France, l’Espagne et le Danemark.

Nouvelle guerre froide

Ce sont des pratiques qui rappellent l’apogée de la guerre froide. Ensuite, nous avons dû constamment expulser des agents secrets du bloc de l’Est. Rien qu’en Allemagne de l’Ouest, des milliers de personnes étaient payées par la Stasi. Parmi eux aussi l’assistant du chancelier Willy Brandt …

Salah Echallaoui est une seule personne. Mais combien d’espions marocains sont encore actifs dans notre pays? Est-ce vraiment leur travail de garder un œil sur la communauté marocaine forte de 300 000 personnes? Vous êtes opposé à toute pensée d’intégration? Nous sommes souvent accusés de ne pas considérer ces personnes comme des gens «à nous». Eh bien, nous pouvons remédier à cette idée dans le domaine de la sécurité, en la considérant comme la responsabilité de notre sécurité d’État.

Il est temps de mettre fin à l’influence des services secrets marocains dans notre pays

Mais pour assumer sa responsabilité, la sécurité de l’État doit être équipée de manière adéquate. Alors équipons-les suffisamment pour cela. En d’autres termes, il est temps de mettre un terme définitif à l’influence des services secrets marocains dans notre pays.

Le 15 février, Koen Metsu présentera son livre Ontwapend dans une présentation de livre en ligne. Vous trouverez ici plus d’informations et vous pourrez vous inscrire ou commander le livre.

Source : Doorbraak.be, 29 jan 2021 (Traduction non officielle)

Tags : Maroc, Belgique, migration, espionnage, services secrets marocains, terrorisme,