Algérie – Corruption : Le bout du fil

LE BOUT DU FIL
par Abdou BENABBOU


Une nette impression de tourner en rond est devenue insistante avec l’étalage sur la voie publique des affaires de malversation, de détournement des biens publics et de trahison. Le plus significatif est que ce sont surtout des magnas arrivistes et de hauts responsables de l’Etat qui sont concernés par ce terrassement spectaculaire jamais entrepris jusqu’ici et qui en même temps suggère l’image d’une bouche d’égout et ses eaux usées débordées. On en vient finalement à remuer un couteau dans la plaie en pointant du doigt celui considéré comme le principal chef d’orchestre de cette affligeante et malodorante mêlée.

Il s’agit bien sûr d’un président de la République que l’on dit déchu sans qu’il le soit réellement et la difficulté de l’aborder frontalement certifie que la grande porte de la justice ne devrait pas rester entrebâillée. Mais plus qu’incriminer un homme et décider de se focaliser sur lui, il est patent de constater que la vraie culpabilité de la létale médication tient plus de la gouvernance et d’une culture pour lesquelles la majorité d’un peuple s’est pliée. C’est de la générale articulation d’un pays dont il doit être question dès lors qu’un pan de nababs politiques voleurs de bœufs a poussé une marge de la société à apprendre à voler des œufs.

On voit bien à travers les accusations mutuelles que s’échangent les hauts responsables du sommet des prétoires qu’un versant de la tragédie, parfois à la limite du risible, un important versant des données est éludé. L’aborder sereinement et avec objectivité aboutirait à décortiquer une longue histoire d’une nation souvent perturbée par des luttes de pouvoir qui ont suivi de successives nuits coloniales. Sans doute que les bonnes adresses du progrès et de l’émancipation ont été flouées par de mauvaises croyances et de contre-vérités. Le règne d’Abdelaziz Bouteflika en est un exemple frappant.

Dans ce vaste méli-mélo fort désagréable, pour se réconcilier avec ce que l’histoire a de plus noble, il restera à espérer que l’on aboutisse à déceler le bout d’un fil rendu sciemment invisible par peur de turbulences et par nécessité de stabilité.

Le Quotidien d’Oran, 27 jan 2021

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