Algérie : «La principale demande historique des Algériens occultée»

Abdelaziz Rahabi estime que le rapport élaboré par Benjamin Stora et remis mercredi dernier au chef de l’État français, autour des questions mémorielles liées à la colonisation française en Algérie, ne prend pas en compte la principale demande historique des Algériens, soit la reconnaissance par la France des crimes commis par la colonisation.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – Pour l’ancien ministre de la Communication et ex-diplomate, qui a réagi via un post sur sa page officielle sur Facebook, «il ne s’agit ni de repentance, notion étrangère aux relations entre Etats, ni de fonder une mémoire commune, les deux pays étant héritiers de deux mémoires antagoniques sur cette question». Car, explique-t-il, «pour le reste, chacun doit assumer son passé et il appartient aux deux Etats de mettre en place les conditions d’une relation apaisée et tournée vers l’avenir». Ce rapport, fruit de plusieurs mois de travail, a aussitôt suscité des critiques des deux rives de la Méditerranée, notamment en ce qui concerne ses recommandations. Ce à quoi son auteur a eu à répondre, estimant que ces avis sont le fait de «personnes qui vivent d’une rente mémorielle» qui, a-t-il ajouté, «sert à construire une politique, une clientèle politique et sociale, devrait être retirée». Pour Stora, «il faut en finir avec ça, parce qu’on a beaucoup de défis à affronter dans le futur avec l’Algérie». Dont le dossier du terrorisme et de l’émigration notamment. Et de signifier encore qu’on «ne peut pas continuer à avoir des relations avec un pays sans aborder ces questions-là, ce n’est pas possible.

Il faut avancer». Et face à ces «deux visions radicalisées » de part et d’autre de la Méditerranée qui, selon lui, constituent un «obstacle devant la réconciliation et l’apaisement», l’historien plaide pour une « troisième voie», chère à Albert Camus.

Au sujet de la position officielle de l’Algérie, Stora considère que le silence observé jusqu’ici par les hautes autorités du pays prouve qu’il y a des «interrogations au niveau de l’État algérien sur la façon d’engager un dialogue important avec la France».

Un silence que les Algériens attendent qu’il soit rompu par Abdelmadjid Chikhi, conseiller auprès du président de la République en charge des archives nationales et de la mémoire nationale, également chargé par le chef de l’État du dossier mémoriel avec l’ancienne puissance coloniale, soit l’homologue de Benjamin Stora désigné, lui, par le chef de l’État français.

Le Soir d’Algérie, 25 jan 2021

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