Espagne : L’argent donné au Maroc pour la lutte contre l’immigration illégale est un secret d’Etat

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Le Conseil de la transparence considère que la divulgation de ces données nuit à la sécurité publique et aux relations extérieures de l’Espagne

Le ministère de l’Intérieur gagne un bras de fer impulsion contre une organisation vouée à la promotion de l’accès à l’information publique. Le Conseil pour la transparence et la bonne gouvernance a soutenu une décision du département dirigé par Fernando Grande-Marlaska de préserver les données relatives à la lutte contre l’immigration clandestine.

Access Info Europe a adressé une demande au ministère de l’Intérieur, en vertu de la loi sur la transparence, dans laquelle il a demandé à recevoir un «rapport descriptif sur l’utilisation de l’aide aux fins pour lesquelles elle a été accordé par le ministère de l’Intérieur de l’ambassade d’Espagne au Royaume du Maroc (qui aurait dû être émis dans les deux mois suivant l’expiration de l’aide) en relation avec la Résolution du Ministre de l’Intérieur par laquelle une aide directe est accordée au Royaume du Maroc pour le financement des activités de lutte contre l’immigration irrégulière, le trafic d’immigrants et la traite des êtres humains, en vertu du décret royal 732/2007, du 8 juin, qui établit les règles spéciales sur l’aide dans le domaine de la coopération policière internationale ».

Le gouvernement espagnol accorde périodiquement une aide financière, ainsi que du matériel, aux autorités marocaines pour déployer des agents, des véhicules et des systèmes technologiques à leurs frontières, le tout dans le but d’intercepter les personnes qui tentent d’arriver irrégulièrement en Espagne. Dans de nombreux cas sauter les clôtures de Ceuta et Melilla.

L’organisation requérante souhaitait consulter un rapport sur l’utilisation de cette aide au Maroc. La réponse du ministère de l’Intérieur a été négative: il a refusé l’accès à l’information, considérant que les données qui seraient divulguées concernaient deux exceptions que la loi sur la transparence prévoit pour le refus d’informations publiques.

Sécurité publique et affaires étrangères

Interior a fait valoir que «dans le cadre de ces subventions, des actions liées à la sécurité publique sont développées, de sorte que la limite fixée à l’article 14.1.d) de la loi 19/2013 du 9 décembre sur la transparence serait applicable, l’accès au public information et bonne gouvernance. Dans la section c) de cette même disposition, il est également indiqué que le droit d’accès peut être limité pour préserver les relations extérieures », en l’occurrence avec le Maroc.

La réponse du ministère n’a pas satisfait les responsables d’Acces Info Europe, qui ont décidé de déposer une plainte auprès du Conseil pour la transparence et la bonne gouvernance.

Ils ont fait valoir que par une résolution de septembre 2019, une aide directe de 32,3 millions d’euros avait été approuvée, que le Maroc affecterait aux «dépenses liées aux patrouilles et à la surveillance maritimes, côtières et côtières, y compris le carburant; les dépenses liées à l’entretien et à la réparation des biens et du matériel de surveillance et de contrôle; et le paiement des indemnités et des primes au personnel ».

«Afin de contrôler les dépenses», les requérants ont indiqué, cette même résolution prévue à la section 5 b) que «dans les deux mois suivant l’expiration de l’aide, le ministère de l’Intérieur de l’ambassade d’Espagne au Royaume du Maroc, doit établir un rapport descriptif sur l’utilisation de l’aide aux fins pour lesquelles elle a été octroyée ».

Ils ont également développé une longue «analyse des dommages», essayant de démanteler ce prétendu préjudice à la sécurité publique et aux relations extérieures de l’Espagne qui, selon l’Intérieur, entraînerait la fourniture de ces informations.

Cela nuirait à la confiance avec le Maroc

Le ministère de l’Intérieur s’est défendu en mettant en garde contre les dommages que causerait la publication des données. En premier lieu, il a souligné que «les informations demandées collectent des données sur les déploiements opérationnels, sur le personnel des forces et organes de sécurité marocains et espagnols, et sur les moyens déployés dans l’action contre le crime organisé, les réseaux d’immigration irrégulière, ainsi que de contrebande et traite des êtres humains ».

En outre, il convient de garder à l’esprit que «sa diffusion compromettrait l’efficacité de la politique de sécurité des deux pays, en particulier dans un domaine tel que la lutte contre les réseaux criminels de traite et de traite des personnes et l’immigration irrégulière, dont le modus operandi varie. de constamment, pour échapper à l’action des forces et des organes de sécurité, ouvrir de nouvelles voies de traite irrégulière des personnes et exploiter les limites des capacités opérationnelles des autorités des pays tiers dans ce domaine ».

C’est en ce qui concerne la sécurité publique. Concernant les dommages causés aux relations extérieures de l’Espagne, l’Intérieur a averti que «la confiance mutuelle serait entravée par la diffusion d’informations concernant l’utilisation de l’aide aux fins pour lesquelles elle a été accordée, se référant aux actions de coopération opérationnelle des Forces et Corps de sécurité du Maroc. , puisque, le but de cette aide est de renforcer les capacités des services de police marocains dans le développement des actions de collaboration avec l’Espagne dans la lutte contre l’immigration irrégulière, le trafic d’immigrants et la traite des êtres humains; et le Maroc étant un pays d’importance stratégique, car c’est un pays d’origine et de transit clé sur les routes des immigrés clandestins vers l’Espagne ».

Enfin, le ministère a souligné que «le rapport demandé comprend également des observations, sur un sujet sensible tel que celui qui affecte les performances et les capacités des services de police marocains, ce qui interférerait dans les relations extérieures de notre pays avec le Maroc».

La transparence nie les informations

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Le Conseil Transparence et Bon Gouvernement a fini par donner la raison au ministère de l’Intérieur dans sa décision de refuser de fournir les données demandées sur l’aide au Maroc contre l’immigration clandestine, dans une résolution que Confidencial Digital a consultée et que l’on peut lire en cliquant sur ici.

Acces Info Europe avait allégué que des informations relatives à l’objet de son enquête avaient été fournies à des occasions antérieures. La transparence précise cette appréciation: «Contrairement aux précédents précités, nous constatons que l’objet de l’aide renvoie à une politique publique – le contrôle des frontières et des flux migratoires – qui n’a pas de développement temporel spécifique et limité – pour plus que l’extension de l’aide est limitée dans le temps – et cela ne se réfère donc pas à une action spécifique dont l’achèvement pourrait également déterminer la durée de tout dommage résultant de l’accès à l’information ».

En ce sens, elle considère que «l’objet de l’aide octroyée et sur l’utilisation des informations demandées s’inscrit dans la mise en œuvre, le développement et la consolidation de lignes de coopération pour le contrôle aux frontières et les flux migratoires, avec des aspects horizontaux ou transversaux concernant d’autres politiques ou actions susceptibles d’être menées. Il s’agit donc d’une action qui peut être prolongée dans le temps, que l’aide accordée soit, comme nous le disons, d’une durée déterminée. « 

Ces nuances sont pertinentes, car pour cette raison «fournir les informations requises serait préjudiciable dans le domaine de la sécurité publique – dont l’impact a été analysé et confirmé dans les dossiers de réclamation indiqués comme précédents en relation avec les informations sur la mise en œuvre des politiques connexes avec le contrôle des flux migratoires et de la traite irrégulière des êtres humains – ainsi que pour les relations extérieures ».

Espagne, frontière de l’UE

La résolution qui rejette la revendication d’Access Info Europe s’arrête à l’analyse de ce que toute information sur la lutte contre l’immigration illégale signifie pour l’Espagne.

«L’Espagne subit une forte pression migratoire en raison de sa proximité géographique avec le continent africain tant dans la zone du détroit et de la mer d’Alboran, ainsi que des routes maritimes sur la côte atlantique par rapport aux îles Canaries», commence par décrire le Conseil de Transparence.

Deuxièmement, «l’Espagne a le statut de frontière extérieure commune conformément à la réglementation de l’Union européenne», ce qui implique que «notre pays a des obligations en matière de frontières vis-à-vis de l’ensemble de l’Union européenne et du reste de la Les États membres, qui se font passer pour un partenaire responsable, garantissant les moyens appropriés pour contrôler leurs frontières ainsi que la promotion de la coopération nécessaire, pour la prévention à l’origine, à travers l’association avec des partenaires stratégiques concernant les routes d’immigration irrégulière vers l’Europe ».

La transparence souligne que «les informations demandées découlent d’une assistance directe au Maroc qui s’inscrit dans le cadre de la coopération policière internationale avec les États d’origine de l’immigration ou les pays de transit (dans ce cas, le Maroc) afin que ces pays soient ceux qui contiennent des flux migratoires à destination du territoire espagnol, pour la réduction des chiffres globaux d’entrées irrégulières, en promouvant une approche centrée sur la prévention à l’origine ».

L’efficacité serait compromise

Comme il l’avait déjà souligné, «il ne s’agit pas d’une opération ponctuelle et limitée dans le temps, mais de la mise en place d’une politique à long terme fondée sur une coopération continue entre les pays et les autorités concernées, d’une importance énorme» et, souligne-t-il, «dont l’efficacité pourrait être compromise par l’accès aux informations demandées ».

Le rapport sur l’utilisation de l’aide au Maroc pour contenir l’immigration clandestine «contiendrait les dépenses engagées par le Maroc dans ses déploiements opérationnels et les dépenses d’entretien des matériels utilisés par les services de police marocains dans le développement d’actions de collaboration avec l’Espagne, en en particulier les dépenses liées aux patrouilles et à la surveillance maritimes, côtières et côtières, y compris le carburant, l’entretien et la réparation des marchandises et du matériel de surveillance et de contrôle, y compris le paiement des indemnités et des primes au personnel ».

Si toutes ces données sont rendues publiques, raisonne le Conseil de la Transparence, «les actions menées dans le cadre de l’exécution des aides accordées seraient dimensionnées et, en ce sens, fourniraient des informations essentielles pour limiter voire entraver son efficacité si cela l’information a été divulguée ».

Enfin, «nous ne pouvons pas perdre de vue le fait que si la coopération policière internationale avec les États d’origine des pays d’immigration ou de transit (dans ce cas, le Maroc) est entravée, de sorte que ces pays sont ceux qui contiennent des flux migratoires irréguliers avec destinés au territoire espagnol, des intérêts généraux plus dignes de protection sont mis en jeu à notre avis, le gouvernement étant empêché de remplir correctement ses fonctions en matière de migration, comme l’exige le système juridique espagnol et européen actuel ».

En d’autres termes, le droit à l’information publique dans ce cas doit céder le pas à «des intérêts généraux plus dignes de protection». Transparency conclut que «l’accès aux informations demandées serait préjudiciable à la sécurité publique ainsi que, compte tenu de la question sur laquelle elle se rapporte, aux relations extérieures de notre pays avec le Maroc. Un dommage qui, à notre avis, ne serait pas remplacé par un intérêt supérieur, pour lequel nous estimons que cette demande doit être accueillie « .

Source : El Confidencial Digital, 21jan 2021

Tags : Maroc, Espagne, migration, Ceuta, Melilla,



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