Affaire des lingots d’or : la dernière manœuvre d’Ouyahiia

Par Mohamed Badaoui

L’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, tente de passer par le
« mensonge légal » pour trouver une issue à sa condition de prisonnier en laissant entendre qu’il n’existe aucune preuve de sa culpabilité.

Pour sauver sa tête, Ahmed Ouyahia tente de passer par le
« mensonge légal circonstancié », selon la formule absconse de son avocat Me Amine Kerrouada et en faisant planer le doute sur l’intégrité de ses collègues.

Le représentant du prisonnier d’El Abadla, qui est apparemment adepte de rébus, a rajouté une couche de mystère en avançant que la déclaration de son client aurait été différente si elle avait été prononcée devant la Cour d’Alger. Ouyahia, d’après le même bâtonnier, aurait aussi joué avec les mots en remplaçant la « chambre noire », sans désigner laquelle, par «marché noir» qui est, comme chacun le sait, par définition informel.

Quelle nouvelle intrigue noue donc celui qui a géré dix fois (oui, dix fois) le gouvernement, une fois le ministère de la Justice, et officié en tant que chef de cabinet de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika? Veut-il suggérer que l’Algérie ne mérite même plus le terme dégradant de république bananière mais plutôt celui de caverne d’Ali Baba dont il détient le sésame ? Est-ce une menace voilée qui précède sa volonté d’ouvrir la boîte de Pandore s’il n’est pas remis en liberté ? Ou est-ce simplement un stratagème pour clamer l’absence de preuves de sa culpabilité puisque, toujours selon Me Kerrouada, « il n’y a jamais eu de corrompu sans corrupteur. »

En justifiant les gros montants trouvés sur ses comptes, Ouyahia avait déclaré qu’il s’agissait de cadeaux. Aujourd’hui, il lève légèrement le voile sur les amitiés généreuses qui l’ont enrichi mais sans donner leurs noms ou même leurs nationalités. Il laisse ainsi le soin à la Justice de les trouver puis interroger ces tentateurs, des émirs du Golfe qui, en contrepartie de soixante lingots d’or, ont acheté le droit de chasser en Algérie l’outarde et d’autres espèces animales protégées. Elle doit les cuisiner pour savoir le pourquoi et le comment de ces transactions délictueuses en remontant la filière du simple sous-fifre jusqu’au puissant décideur. Elle doit enfin passer au peigne fin le marché noir en vue de retrouver la trace des barres d’or devant lesquelles la Banque d’Algérie aurait, selon Ouyahia, adopté la stratégie des singes de la sagesse en se couvrant les yeux, la bouche et les oreilles. Vaste programme qui nécessite du temps, des limiers aguerris et la coopération bienveillante des malfaiteurs.

La nouvelle sortie de «l’homme des sales besognes», comme l’a baptisé la vox populi, ont poussé certains partis d’opposition, dont le MSP de Makri et le RCD de Bellabès à demander l’ouverture d’une enquête. L’opinion publique, elle, reste médusée et dégoûtée par l’ampleur de la corruption des élites politiques censées la combattre mais suit le feuilleton avec intérêt.
Celui qui avait injustement jeté des cadres intègres en prison sous de fausses accusations durant les années 1990 et voulu priver les Algériens du simple pot de yaourt, menace de « balancer » ses anciens alliés.

Du fond de sa cellule en plein désert, il a dû, semble-t-il, bien méditer la fameuse histoire d’Ali Baba et des quarante voleurs pour laquelle il concocte probablement une adaptation algérienne. Il risque, cependant, de connaître le sort de Kassim, le frère du héros, qui, ébloui par la vue des richesses, oublie la formule « sésame ouvre-toi» et reste, par conséquent, prisonnier de la caverne.

M.B

La Nation, 15 jan 2021

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