Algérie : Gouvernement en sursis ?

par Abdelkrim Zerzouri


On pourrait lui trouver toutes les excuses d’une conjoncture difficile, marquée par une double crise sanitaire et économique, parfois entièrement fondées, mais le bilan de la première année du gouvernement Djerad reste, pour le moins qu’on puisse dire, très modeste. C’est l’avis général qui se dégage de l’opinion d’observateurs avisés, du citoyen lambda et des nombreux internautes qui se sont étalés en commentaires caustiques sur le maigre bilan de l’activité annuelle du gouvernement. Le président Tebboune, lui-même, trouve ce bilan annuel de l’activité du gouvernement mi-figue, mi-raisin.

Comme on l’a dit, il y a « du positif et du négatif », a-t-il lancé en direction du Premier ministre lors d’une brève intervention avant son départ pour l’Allemagne afin de poursuivre le protocole thérapeutique. L’apostrophe, avec un sourire taquin, en dit long sur son estimation propre du travail accompli par son gouvernement dans la foulée de la valorisation d’une mobilisation de l’ensemble des responsables, soulignant particulièrement les efforts de l’armée et remerciant les institutions élues. Seul le gouvernement n’a pas trouvé de mots plus méritants dans sa brève allocution devant les hauts responsables de l’Etat, venus le saluer avant son départ pour l’Allemagne à partir de la base de Boufarik. Est-ce un prélude à un imminent remaniement ministériel, qui n’attendrait pas la fin du processus de la dissolution de l’Assemblée populaire nationale (APN) et le dégagement de nouveaux élus après l’organisation des législatives, qui déboucherait d’une façon ou d’une autre (majorité présidentielle ou parlementaire) sur la constitution d’un nouveau gouvernement, totalement remanié s’il résulte des législatives une majorité parlementaire, de laquelle le président désignera un Chef de gouvernement qui formera son exécutif ?

Rien n’empêche le président de la République, qui a désigné les membres de ce gouvernement, sur proposition de son Premier ministre, selon le principe d’une majorité présidentielle, de recourir à un remaniement ministériel, qu’il soit limité ou vaste. On a déjà assisté à un remaniement ministériel opéré au mois de juin dernier, touchant les départements des Finances, l’Enseignement supérieur, l’Agriculture, les Transports, le Tourisme et un chamboulement dans le secteur de l’Énergie, ainsi que deux récents changements à la tête des départements du Travail et des Transports, pour des causes « localisées », engageant individuellement les deux ministres concernés.

Mais quand il s’agit de l’évaluation globale du rendement de tout le gouvernement par le président de la République, cumulant de « bons » et « mauvais » résultats, la logique voudrait qu’on se sépare des ministres défaillants pour une meilleure performance du travail du gouvernement. N’est-ce pas que le principe de l’efficacité et de la compétence est un critère capital adopté par le président Tebboune dans la désignation des candidats aux postes de responsabilité ?

Il faut rappeler sur ce plan que l’évaluation du bilan 2020, des différents secteurs ministériels, n’a pas encore été achevée, et elle le sera probablement lors de la prochaine réunion du Conseil des ministres, comme le souligne un communiqué de la présidence de la République. Un sursis pour les ministres qui n’ont pas fait leurs preuves ou bénéficieront-ils de circonstances atténuantes et continuer leur mission jusqu’à l’avènement, pas trop lointain, d’une nouvelle APN ?

Le Quotidien d’Oran, 12 jan 2021

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