Une normalisation et deux reconnaissances au détriment de deux peuples

Par O. Zmir, Universitaire
Le Président américain sortant a annoncé la normalisation des relations du Maroc avec Israël. En guise de compensation, les États-Unis d’Amérique, à travers leur président, reconnaissent l’appartenance du Sahara Occidental au Maroc.

Même si l’accord signé par Mohammed VI n’a été une surprise pour personne, au regard des relations communes existant depuis longtemps, il aurait été souhaitable qu’il ne soit pas conclu avant que le peuple palestinien recouvre sa souveraineté.

Il est difficile d’accepter une telle normalisation lorsque l’on garde à l’esprit que l’entité sioniste a chassé des millions de Palestiniens de leurs maisons et de leurs terres. Il est difficile, en tant qu’Algérien, d’accepter la normalisation de relations avec un État pratiquant l’apartheid dans les territoires occupés de Palestine. Issu d’un peuple ayant combattu la puissance coloniale pour arracher sa libération, je ne peux qu’être solidaire des Palestiniens. Alger, notre capitale, fut La Mecque des révolutionnaires, des mouvements de libération et de ceux luttant contre le racisme, l’apartheid et l’esclavage. L’Algérie a lutté et continue à lutter contre tous ceux qui n’ont apporté que ruine et misère aux peuples qu’ils seraient venus «civiliser».

L’Algérie est amie et le restera avec les pays voisins du Maghreb et du Sahel dans le respect des frontières communes. Les Algériens sont solidaires et le resteront avec les peuples anciennement colonisés au nom du droit des peuples à l’autodétermination. Nous n’encouragerons jamais un pays frère, anciennement colonisé, à vouloir en coloniser un autre.

Pour rappel, le droit à l’autodétermination a été accepté par le roi Hassan 2 lors du sommet africain de l’OUA de 1963, après avoir voulu la partager avec la Mauritanie qu’il réclamait lors de son indépendance. Peut-on accepter que Jérusalem El Qods la sainte, troisième ville sainte de l’islam dont le roi marocain présidant la commission d’El Qods est censé être le protecteur, capitule et accepte qu’elle soit «la capitale éternelle» d’Israël et de l’entité sioniste.

Les juifs, épris de paix et de justice qui ont vécu en bonne intelligence pendant des millénaires, ne peuvent accepter qu’une partie de leur communauté au nom du sionisme se venge sur leurs cousins sémites constitués par les monarchies du Golfe et le Makhzen marocain. Les sionistes ratissent large sur les pseudo-origines ethniques dans leur politique de peuplement, juifs berbères, juifs arabes, juifs éthiopiens les falachas, juifs séfarades, juifs ashkénazes dans un but de renverser la courbe démographique par rapport à la forte natalité du peuple palestinien. Que la destruction des pays du Moyen-Orient par la puissance impérialiste américaine et israélienne serve de leçons aux autres pays arabes et musulmans. La première conséquence des normalisations avec les pays arabes est la dislocation de la Ligue arabe en attendant sa disparition. Quant à la ligue islamique mondiale elle n’est que le reflet de fortes divergences entre sunnites et chiites dont Israël, rallié aux monarchies arabes, a pour objectif principal la destruction des centrales nucléaires iraniennes qui ont fait l’objet d’attaques par le passé et affaiblir cette grande et vieille civilisation. Israël constitue «le ver qui pourrit le fruit» dans tous les pays avec qui elle normalise ses relations. Ses services secrets dont le Mossad infiltrent toutes les missions diplomatiques dont les pays dits amis.

Les juifs dits sayamins sont des agents dormants prêts à aider le Mossad en lui fournissant des informations stratégiques économiques, politiques, militaires. Ils sont établis dans plusieurs pays et sont considérés comme des espions bénévoles au service d’Israël.

L’armée israélienne encadre les armées des pays «amis», planifient des stratégies de guerre, dirigent des opérations de défense, c’est le cas du mur de la honte au Sahara Occidental. Leurs services secrets assassinent des personnalités politiques et scientifiques, cas de plusieurs responsables politiques palestiniens, voire marocain tel l’opposant Mehdi Benbarka disparu le 28 octobre 1965 après une transaction sordide contre des informations confidentielles et secrètes de la réunion au Maroc des leaders des pays arabes remises au Mossad trahissant la cause arabe et entraînant la défaite militaire de 1967.

Le militant algérien Mohamed Boudia, ancien militant du FLN, artiste, homme de théâtre talentueux engagé dans la cause palestinienne, fut assassiné par le Mossad le 28 juin 1973 à Paris. Le dernier crime imputé au Mossad fut l’assassinat du scientifique, physicien et chercheur dans l’énergie nucléaire iranien Fakhrizadeh.

L’Algérie nouvelle l’héritière de l’Algérie révolutionnaire, son peuple avec sa jeunesse, son armée l’ANP issue de l’ALN historique, ses dirigeants à tous les niveaux des institutions, se doit d’être à la hauteur des défis et des enjeux des stratégies géopolitiques imposées aux peuples épris de paix et de justice. L’Algérie défendra le principe immuable du respect des tracés des frontières et de la souveraineté des peuples. N’est-ce pas que les sionistes rêvent du grand Israël et le Makhzen du grand Maroc (une partie de l’Algérie, toute la Mauritanie, une partie du territoire malien, le nord du Sénégal et tout le Sahara Occidental) ? Le même objectif avec beaucoup de similitudes mais les uns au détriment de leurs ennemis arabes, les autres au détriment d’un même peuple maghrébin. Et au fait, qu’en est-il des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla dans le territoire marocain ? N’est-il pas étonnant que le Président américain sortant et l’actuel chef du gouvernement israélien aient oublié de reconnaître l’appartenance de ces enclaves au peuple marocain ?
O. Z.

Le Soir d’Algérie, 11 jan 2021

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