David Schenker veut désamorcer la crise entre le Maroc et l’Algérie

Il veut désamorcer la crise entre le Maroc et l’Algérie: Le Secrétaire d’Etat adjoint américain attendu à Alger

par Z. Mehdaoui


  Donald Trump tente de désamorcer la crise entre Alger et Rabat après son incroyable décision de reconnaître une prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental mais va aussi essayer de justifier son «forcing» sur le royaume chérifien qui a abdiqué, contre toute attente, en recevant une représentation de l’Etat hébreu sur son sol.

A quelques jours donc de son départ du bureau ovale, Trump va dépêcher un «émissaire» à Alger, pour atténuer la colère des responsables algériens qui voient d’un très mauvais œil la présence d’Israël à ses frontières de l’Ouest, avec tout ce que cela implique en termes de sécurité.

«Le secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, David Schenker, se rendra en Jordanie, en Algérie et au Maroc du 3 au 12 janvier pour discuter de la coopération dans les domaines de l’Economie et de la Sécurité avec des dirigeants gouvernementaux», annonce à cet effet le département des Affaires étrangères américain qui précise que lors de son déplacement, le Secrétaire adjoint Schenker «soulignera le profond engagement des États-Unis à favoriser la prospérité économique, la paix et la stabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord».

Les derniers développements dans la région, notamment, le conflit du Sahara occidental, serait à l’origine de cette tournée qui intervient à la veille du départ problématique de Donald Trump.

La visite intervient dans un contexte explosif du fait de la reprise des hostilités entre le Front Polisario et l’armée marocaine depuis plusieurs mois et qui a mis toute la région sur une véritable poudrière qui risque d’exploser à tout moment. Il faut rappeler que le Maroc devient ainsi le quatrième pays arabe à normaliser ses relations avec l’entité sioniste, depuis le mois d’août dernier, après les Emirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan. Le Maroc a annoncé jeudi dernier, la reprise des relations diplomatiques avec Israël «dans les meilleurs délais», avec la reprise des contacts officiels et ouverture des bureaux de liaisons dans les deux pays.

Cadeau «royal» et empoisonné livré par le président américain Trump avant son départ ? Certainement. D’autant que la rue marocaine commence, après avoir accusé le coup, à s’agiter. Et il serait très aléatoire de prévoir jusqu’où elle pourrait aller… Toutefois il y a lieu de préciser que durant longtemps, un des souhaits les plus chers de l’Etat hébreu, à travers notamment son service de renseignement, le Mossad, était de s’incruster dans la proche périphérie de l’Algérie. Le Sahara, gorgé de pétrole, était un point de fixation. Mais le rêve était d’autant plus impossible à réaliser que le renseignement algérien tournait au quart de tour. Le tour de passe-passe que le Mossad a imaginé alors était de se rendre utile à de nombreux régimes, notamment pour les questions sécuritaires. Des liens discrets, mais concrets, avec certains États-clés lui laissaient espérer nouer des relations économiques et politiques toujours plus étroites. Aujourd’hui avec l’officialisation de la normalisation israélienne avec le Maroc, avec la bénédiction américaine le Rubicon a été franchi dans la région.

La position de l’Algérie par rapport à cette question ou sur le dossier sahraoui a toujours été immuable. En dépit d’une puissance de feu jamais égalée dans toute l’Afrique, l’Algérie a toujours privilégié le règlement des crises par les voies pacifiques et diplomatiques. Mais cette «doctrine» semble dépassée par les événements car ce «repli» de l’Algérie est perçu comme une faiblesse dans la région ce qui a encouragé notamment le Maroc à afficher clairement son hostilité envers son voisin de l’Est. C’est dans ce contexte que le sous-secrétaire américain va entamer sa visite dans les deux pays en tentant de réconcilier l’inconciliable en faisant valoir bien évidemment la place «de juge et partie» des USA dont l’image est ternie durablement par la politique de Donald Trump.

Le Quotidien d’Oran, 5 jan 2021

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