Algérie : Tebboune relance sa feuille de route

par Mohamed Kebci

Maintenant que la nouvelle Constitution, celle adoptée dans les conditions que tout le monde sait le 1er novembre dernier, a été officiellement promulguée, place à la seconde phase de la feuille de route du chef de l’État, allant dans le sens de la consécration des revendications du Hirak «originel» et «authentique», selon la rhétorique officielle.

M. Kebci – Alger (Le Soir) – Aussitôt rentré au pays, mardi dernier, au bout de sa longue convalescence en Allemagne suite à sa contamination au coronavirus, le chef de l’État relance son projet de réforme institutionnelle. Il a, en effet, paraphé, jeudi dernier, le décret présidentiel portant promulgation de la nouvelle Constitution, en vue de sa publication au Journal officiel. Ce qui a été fait le lendemain, soit avant-hier vendredi. Il doit maintenant se pencher sur la seconde phase de son chantier phare, qui aurait dû être accomplie bien avant la fin de l’année écoulée, n’était cette pandémie de Covid-19 qui a plombé le monde entier. Celle-ci consiste en la tenue d’élections législatives et locales anticipées, manière de couper avec ces «legs encombrants de la fameuse ère de la bande». Ce qui recommande, au préalable, la réforme de la loi portant régime électoral que nombre d’acteurs politiques n’ont cessé de pourfendre, depuis son amendement en janvier 2012, en raison de ses nombreuses dispositions contraignantes. Sauf que la démarche du chef de l’État, similaire à celle adoptée pour le projet d’amendement de la Constitution, n’agrée pas grand monde. Le comité d’experts chargé de préparer ce projet est, en effet, loin d’avoir l’assentiment des partis de l’opposition, notamment ceux du camp des islamistes.

Pour Abdallah Djaballah, par exemple, cette mission d’élaborer et la nouvelle Constitution et le nouveau code électoral aurait pu être confiée à des gens «mieux imprégnés de la nature de la Nation, de ses référents et de sa réalité et plus fidèles à l’histoire du pays», soupçonnant le Dr Ahmed Laraba et ses pairs dudit comité d’être du «même courant idéologique».
Ceci dit, une fois ce comité ayant remis sa mouture au chef de l’État, celle-ci sera adoptée en Conseil des ministres avant de passer par les deux Chambres parlementaires. Suite à quoi, le chef de l’État pourra alors convoquer des élections législatives anticipées, bien que des voix évoquent la tenue d’élections locales anticipées en premier lieu.

Aussi, on ne sait pas si la même procédure d’amendement du code électoral concernera la loi sur les partis politiques, de manière à mettre celle-ci en phase avec la nouvelle Constitution qui consacre le régime déclaratif pour les réunions, les manifestations et la création d’associations. Et ces élections législatives anticipées pourront se dérouler en mai prochain, comme ce fut le cas en 2017, surtout que d’ici là, l’année scolaire en cours, grandement tronquée, aura pris fin.

Ce qui signifiera la fin de mission pour l’actuelle composante de la Chambre basse du Parlement, frappée du sceau de l’argent sale et de l’achat de sièges, et qui constitue l’un des résidus du long règne du Président déchu, Abdelaziz Bouteflika. Il s’agira, par la suite, pour le chef de l’État, selon l’article 103 de la nouvelle Constitution, de nommer un Premier ministre ou un chef de gouvernement selon que ces futures législatives anticipées auront accouché d’une majorité parlementaire ou d’une majorité présidentielle.

Bien entendu, tout ce processus est tributaire de l’évolution de la situation sanitaire induite par la pandémie de Covid-19. Car, si une nette décrue des cas quotidiens de contamination est enregistrée ces jours-ci, il n’est pas certain que celle-ci maintiendra sa tendance à la baisse, même avec l’entame de la campagne de vaccination prévue vers la fin du mois en cours.
M.K.

Le Soir d’Algérie, 3 jan 2021

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