Maroc : La nouvelle route du kif

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CONTRÉS AU NORD, LES TRAFIQUANTS SE REDÉPLOIENT AU SUD-OUEST DU PAYS

L’incroyable quantité de drogue saisie au cours de cette semaine aux frontières ouest du pays relance fatalement le débat sur un phénomène sensible qui alarme, aujourd’hui plus qu’hier, les spécialistes en la matière. À l’Office national de lutte contre la drogue, les effets du trafic de cannabis envers l’Algérie sont qualifiés de crime.

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par Abla Chérif

Ce dimanche 27 décembre, une information diffusée en fin d’après-midi n’est pas passé inaperçue. Le ministère de la Défense nationale publie un communiqué informant de la saisie d’une quantité énorme de kif aux frontières algéro-marocaines. Les faits se sont déroulés durant deux jours consécutifs, 25 et 26 décembre, fait savoir le communiqué du MDN qui détaille la situation.

L’on apprend ainsi que le premier jour, ce sont 27 quintaux et 2,86 kg de résine de cannabis qui ont été saisis dans la localité d’Oum-Laâchar à Tindouf. Le 26, une autre importante quantité de kif traité est interceptée dans trois autres zones frontalières ouest. 18 quintaux et 61 kg de cannabis à Béchar, 6 quintaux et 71,86 kg à Tindouf. Et 1 quintal et 70 kg (de kif traité toujours) à Oran et Tlemcen. Le MDN n’en est pas au premier communiqué du genre, mais la situation rapportée ici dépasse de loin toutes les saisies opérées au cours des derniers mois. Certaines localités où se sont déroulées les opérations sont aussi nouvelles dans la liste des zones habituellement concernées par ce genre d’évènements. Selon les spécialistes en la matière, Tindouf et Béchar ont été très rarement citées parmi les passages empruntés par les trafiquants davantage focalisés sur les zones Tlemcen, Oran et leur périphérie.

Des cadres de l’Office national de lutte contre la drogue nous font savoir que les deux nouvelles zones de passage en question (Tindouf et Béchar) paraissent avoir été « investies » par les trafiquants dont l’activité a été paralysée ailleurs depuis la mise en place d’un plan d’action spécial visant à réduire les trafics en tous genres. La stratégie mise en place a porté ses fruits, les passeurs eux sont forcés d’emprunter d’autres voies « terrestres et maritimes ». À terre, les frontières ouest restent privilégiées. Les tentatives d’infiltration se font même beaucoup plus fréquentes, indiquent des données fournies par l’Office national de lutte contre la drogue.
Pour les dix premiers mois de 2020, les statistiques établies font ressortir une hausse considérable du taux de cannabis (toutes formes confondues) destinée à être déversée dans le pays. La quantité de kif interceptée durant cette période a été évaluée à 70 698,157 kg, soit une augmentation notable de plus 50,17%, par rapport à la même période de l’année précédente (2019).

Les raisons de cette hausse sont fournies par Mme Ghania Kaddache, directrice de la prévention et communication à l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT).

«Selon le rapport mondial sur les drogues, le cannabis demeure la substance la plus utilisée à l’échelle internationale. La demande de cannabis est forte et la production ne peut qu’augmenter en cadence puisqu’en parallèle, il y a toujours de nouveaux consommateurs de plus en plus jeunes .» Elle poursuit : «Le Maroc est cité par le rapport mondial comme étant le premier producteur de la résine de cannabis. Ce trafic auquel se livre le Maroc persiste et fait subir à l’Algérie les affres du crime transfrontalier organisé. Dans ce contexte, notre pays est utilisé comme territoire de transit mais la situation a évolué puisqu’il y a transfert de quantités importantes de la drogue pour la consommation locale .»
Mme Kaddache explique également que « les données établies depuis l’année 2012 avaient permis d’enregistrer un recul conséquent et constant des quantités de résine de cannabis saisies par les différents services de lutte, mais la courbe est repartie à la hausse en 2018 ». « La politique de lutte contre le trafic de drogue et les moyens déployés expliquent ce recul du trafic depuis l’année 2012, poursuit-elle ; néanmoins, le trafic de drogue et le crime organisé demeurent toujours à l’affût des moyens et nouveaux itinéraires pour échapper à la vigilance déjà instaurée, ce qui pourrait expliquer les régions où ont été opérées les dernières saisies».

Les psychotropes sont aussi en provenance de l’Ouest

Une hausse sensible de tentatives de déverser des psychotropes sur le pays a été également constatée au cours de 2020. La quantité, évaluée à 1 831 483 en 2019, est passée à 3 659 471 comprimés et 267 flacons pour les seuls dix premiers mois de l’année en cours. Le Maroc est, là aussi, le principal fournisseur de ces substances, affirment les spécialistes.

À ces substances s’ajoutent d’autres formes de drogues, dures celles-là, généralement en provenance d’Amérique latine. Pour 2020, les statistiques (quantités interceptées) sont les suivantes : 29,349 069 g de cocaïne, 2 371,460 g d’héroïne et 12 g de pavot à opium. Autres données indicatives de l’évolution de la situation : la hausse des affaires traitées liées à la drogue. Les statistiques rendues publiques par l’Office national de lutte contre la drogue font ressortir que les affaires traitées en 2020 ont connu une hausse de 48,99% comparé à l’année précédente (44 119 affaires traitées en 2020 contre 14 533 affaires en 2019)..

Durant le seul mois d’octobre 2020, une hausse de 84% a été observée, 5 051 affaires contre 4 180 en 2019, soit 871 affaires supplémentaires. Il est également clairement indiqué que les principales saisies s’effectuent à l’Ouest et au Sud-Ouest (c’est le nouveau passage emprunté par les trafiquants). Les statistiques le démontrent une nouvelle fois : 56,2% du cannabis a été saisi à l’Ouest et 40,47% au au Sud-Ouest.
A. C.

Le Soir d’Algérie, 30 déc 2020

Tags : Maroc, Algérie, Kif; haschich, cannabis, drogue, Sahel, Mali,

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