La grande brèche du Brexit

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par Abdou BENABBOU


Ce ne sont pas les 1.200 pages d’arrangement conclu entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne qui dissiperont les ombres qui planaient déjà sur le vieux continent. Le colmatage entrepris après plus de quatre ans d’ardues négociations n’éloignera pas le spectre du démantèlement d’un ensemble continental où les Britanniques ont toujours occupé une place centrale.

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Reconfigurée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’Europe à travers l’histoire a toujours été sujette à l’action des vents anglais jusqu’à rendre impossible un ensemble européen sans l’Angleterre. Boudeurs et baroudeurs en même temps, en n’intégrant pas l’espace Schengen et en n’adoptant pas la monnaie unique, les Anglais s’étaient éloignés d’un européanisme fragile convaincu que les arrière-pensées des Etats constituaient des blocages sérieux pour une union efficace et sereine et que la force jusqu’au-boutiste des nationalismes s’opposait à un ensemble continental harmonieux. Les intérêts divergents de chaque pays européen, leurs écarts de développement souvent importants, les uns par rapport aux autres, ne constituaient pas les prémices de l’adoption d’une voix commune face au monde. Chacun a gardé jalousement ses étendards et ses propres couleurs, parfois discrètement à l’ombre et loin des institutions et des commissions communes.

Malgré sa tiédeur perçue depuis longtemps comme un repli toléré et accepté, la Grande-Bretagne occupe une place centrale incontestable en Europe. En claquant la porte à la face de ses voisins, elle ouvre une large brèche aux nationalismes montants de plus en plus visibles et décidés à mettre un terme à un conglomérat géographique où les populations ne voient que des sacrifices et des contraintes. Là aussi a ressurgi la confrontation inévitable des unions des peuples et celles des Etats.

Sommairement, avec ses tracas et ses désagréments, le travers vécu aujourd’hui est l’échignement adopté à imiter la genèse de la naissance des Etats-Unis d’Amérique, sauf qu’à leur opposé les Américains avaient effacé pour l’éternité leurs origines pour accoucher d’un nouvel autre grand Etat.

Le Quotidien d’Oran, 27 déc 2020

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