Sahara Occidental : pourquoi le sit-in d’El Gargarat?

Ces derniers jours, de nombreuses organisations de la société civile sahraouie ont lancé une campagne pour organiser un sit-in dans la région de Gargarat pour dénoncer les violations incessantes du plan de paix par le Maroc au Sahara Occidental occupé et appeler à mettre un terme au pillage et au commerce des ressources naturelles sahraouies par le Maroc qui finissent par être vendus aux pays africains à travers une brèche illégale faite par les autorités coloniales marocaines pour faciliter le trafic routier jusqu’aux frontières de la Mauritanie, puis vers le reste des pays africains.

Une brèche et non pas une frontière

El Gargarat est une petite zone géographique du Sahara Occidental occupé, située à environ 11 km de long de l’autre côté de la frontière avec la République islamique de Mauritanie et à 5 km de l’océan Atlantique. Il est à environ 05 km entre le mur de sable militaire marocain et les frontières mauritaniennes.

Cette zone se trouve à l’extrémité sud-ouest de la berme marocaine fortement minée construite dans les années quatre-vingt du siècle dernier, avant l’annonce d’un cessez-le-feu entre le Polisario, reconnucomme mouvement de libération du Sahara Occidental et la puissance d’occupation, le Royaume du Maroc. Ce mur s’étend de la banlieue de Mahbes, à l’est, jusqu’à Aguerguer, au sud-ouest, pour séparer les parties occupées et libérées des terres du peuple sahraoui couvrant une portée de 2720 km; le plus grand mur du monde après le mur chinois et jonché d’environ 10 millions de mines terrestres.

Saisissant habilement le cessez-le-feu qui a été signé en 1991 après une guerre de 16 ans, le Maroc a creusé une brèche illégale dans le mur derrière lequel ses armées sont retranchées et l’a considéré comme un passage frontalier entre lui et la République islamique de Mauritanie, avec un point de contrôle pour le Gendarmerie royale marocaine qui s’est ensuite transformée en un droit de douane de première ligne. Entre la Mauritanie et ce point de contrôle illégal se trouve cette zone tampon supervisée par l’armée du Polisario en plus d’une surveillance continue par la Minurso, la mission de l’ONU chargée d’organiser le référendum au Sahara Occidental occupé.

Un sit-in pour arrêter le pillage illégal

La brèche est depuis longtemps devenue un foyer de tension en raison de son illégitimité, ainsi que de son rôle dans la facilitation du spoliation et du pillage de la richesse du peuple sahraoui exportée illégalement d’une manière régulière vers les pays voisins alors que le plan de paix reste bloqué en raison de l’intransigeance contre la volonté de la communauté internationale.
Une bannière du sit-in actuel se lit comme suit: «Cette brèche incarne la chute de l’humanité du monde libre. Votre silence nous tue en tant que peuple »

Néanmoins, la région de Gargarat a souvent été scénario de plusieurs sit-in menés par des civils sahraouis comme une forme de protestation contre l’occupation marocaine en cours, qui a entraîné de fréquentes fermetures de ce passage illégal de la frontière; un moyen d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la brèche illégale qui viole l’accord de cessez-le-feu ainsi que sur la situation désastreuse des droits de l’homme régulièrement violés dans les territoires occupés du Sahara occidental.

Un passage pour le trafic de stupéfiants au Maroc

Pire encore, la faille qui s’est transformée en un passage illégal de la frontière est devenue, depuis sa création en 2001, non seulement un transit des marchandises du Maroc mais aussi un passage pour les drogues de cannabis dont les revenus représentent un quart du PIB annuel de l’État marocain.

Selon le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies créé en application de la résolution 2374 (2017) du Conseil de sécurité sur le Mali et renouvelé conformément à la résolution 2484 (2019) et publié en 2020, le Maroc reste le plus gros exportateur de cannabis et de dérivés. Le rapport souligne que «le flux de stupéfiants le plus régulier et le plus stable à travers le Mali reste la résine de cannabis, ou haschich, du Maroc, passant par la Mauritanie et le Mali à travers le Niger vers la Libye».

Bien que cette douane marocaine illégale soit équipée de scanners modernes et de chiens renifleurs professionnels, les cargaisons de cannabis traversent le passage illégal à travers toutes sortes de véhicules, y compris les «envois transportés dans des camions frigorifiques», tel qu’indiqué au moins une fois dans le rapport de l’ONU.

Le trafic de stupéfiants par l’État marocain reste l’une des principales sources de financement des groupes terroristes errant dans le vaste désert du Sahara et causant le chaos dans de nombreux pays africains. En autonomisant les groupes terroristes, le Maroc à travers son trafic de stupéfiants vise à déstabiliser l’Algérie, principal soutien du Polisario et lieu d’accueil des camps de réfugiés sahraouis.

Pendant ce temps, le sit-in reste une expression publique, spontanée, pacifique et civilisée du rejet par les Sahraouis du mépris du Maroc pour le droit international et un rappel à la communauté internationale de la nécessité d’assumer ses responsabilités envers la dernière colonie d’Afrique, le Sahara Occidental occupé.

Il y a lieu de rappeler que le Sahara occidental est un pays d’Afrique du Nord. C’était une colonie espagnole jusqu’en 1975 lorsque l’Espagne a décidé de s’en retirer après un accord tripartite illégal cédant le territoire au Maroc et à la Mauritanie, qui partageaient tous deux les terres sahraouies. Le Front Polisario qui représente le peuple sahraoui a lancé une guerre générale contre les envahisseurs menant au retrait de la Mauritanie en 1979. Le Maroc a alors envahi la part qui avait été donnée à la Mauritanie conduisant les Sahraouis à un autre exode rejoignant leurs compatriotes qui se sont installés dans des camps de réfugiés près de la ville algérienne de Tindouf, au sud-ouest de l’Algérie. Après 16 ans de guerre, l’ONU a négocié un cessez-le-feu, rassemblant les belligérants à la table de négociation aboutissant par la signature d’un cessez-le-feu et la confection d’un plan de paix. La mission de paix de l’ONU, acronyme de Minurso, a été chargée d’organiser un référendum qui, de 1991 à aujourd’hui, n’a pas vu le jour, conduisant à une augmentation des violations des droits de l’homme commises régulièrement par les forces d’occupation marocaines contre les civils sahraouis dans la zone occupée.

Source : Freedom Support, 27 sept 2020

Tags : Sahara Occidental, Front Polisario, Maroc, El Gargarat, pillage, spoliation, ressources naturelles,