Algérie / Référendum constitutionnel : Des lignes de failles sur l’échiquier politique

Le référendum constitutionnel du 1er novembre prochain polarise classe politique et médias tout en laissant apparaître progressivement des lignes de failles sur l’échiquier sur lequel se font face les partisans et les adversaires de la consultation. Le pouvoir issu du 12 décembre 2019 et qui joue gros pour le coup, mobilise tous azimuts, institutions et partis pour une participation massive que la campagne électorale, qui démarre le 7 octobre prochain, est appelée à booster.

Dans cette mobilisation, c’est Djamel Benramdane, conseiller du Président qui est à la manœuvre, enchaînant des rencontres à travers les wilayas pour travailler au corps la société civile placée à l’avant-garde du projet politique présidentiel. Les partis politiques de « l’allégeance », même si le pouvoir marque une certaine distance à leur égard, n’entendent pas rater le train, annonçant leur soutien au référendum de révision constitutionnel.

Dimanche passé, le nouveau patron du FLN Abou El Fadhel Baadji, qui réunissait les responsables des wilayas au Centre international de Conférence, avait appelé les militants à voter « Oui », promettant aussi la « mobilisation des structures locales et nationales du parti » en prévision de cette échéance. Le RND, quoi que sa direction ne s’est pas encore réunie pour appeler officiellement les bases du parti au vote, chose par rapport à laquelle il n’y a pas le moindre doute, a tôt fait de souscrire au chantier de la révision constitutionnelle.

La kyrielle des petits partis et d’organisations dite de « masses », comme l’UNPA, l’UNFA, l’ONEC, l’ONEM, l’UNEA se mettent aussi de la partie pour défendre le référendum. Le mouvement touche même une majorité des partis islamistes comme El Bina de Abdelkader Bengrina (devenu le partenaire islamiste privilégié du pouvoir, après avoir participé à la, présidentielle), mais aussi Nahda, El Islah. En fait, le gros de l’échiquier politique sur lequel les adversaires du projet sont minoritaires.

Ainsi en est-il de Djaballah, mais aussi du MSP (fidèle à sa politique de tenir le bâton par le milieu) qui appelle à voter « Non », les deux considérant que le projet soumis au vote n’a pas repris leurs propositions, surtout celles en rapport avec l’identité, une question obsessionnelle pour eux. Dans le même camp, on retrouve les partis de la mouvance dite démocratique, regroupés dans le PAD, qui sont dans une autre perspective politique, à savoir une transition et non un référendum qui est juste pour eux un moyen de « donner au pouvoir en place un nouveau souffle ».

Un appel au boycott du référendum du 1er novembre paraît être la position prévisible de leur part pour être en cohérence avec leur démarche transitionnelle défendue depuis le début du Hirak. C’est dire qu’à quelques semaines du 1er novembre, les positions politiques se cristallisent, le camp du pour apparaissant déjà comme majoritaire. Reste à savoir si cette majorité de partis et d’organisations réussira à drainer la majorité populaire vers les urnes.

H.Khellifi

L’Est Républicain, 29 sept 2020

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