Mali : L’Algérie ignorée par la CEDEAO

Ignorée depuis le début de la crise politico-institutionnelle par la CEDEAO: La solution au Mali sera à 90 % algérienne « , le président algérien dixit

Depuis le début de la crise politico-institutionnelle que traverse le Mali, couronnée par le putsch du 18 août dernier, la CEDEAO a complètement ignoré les voisins de ce pays, dont l’Algérie qui, pourtant, parraine l’Accord de 2015 et suit son application sur le terrain à travers des mécanismes mis en place à cet effet. Un mépris et une indifférence fustigés par les plus hautes autorités algériennes, au premier rang desquelles se trouve le président Abdelmadjid Tebboune, qui n’a pas hésité à le faire savoir dans un entretien accordé à la presse locale, dimanche dernier.

En effet, la CEDEAO n’a fait aucun geste pour consulter certains voisins du Mali, non membres de cette organisation afin d’essayer de trouver une solution concertée en vue de résoudre la crise politique au Mali qui complique la situation sécuritaire dans le Sahel.

Cette attitude a agacé les autorités algériennes au plus haut point. Pourtant, Alger a toujours plaidé « pour une solution africaine aux problèmes africains ». Comme en témoignent son hostilité marquée dès le départ à l’intervention militaire française au Nord du Mali et son souhait de voir les acteurs de la crise de 2012 ouvrir des dialogues avec les belligérants pour une solution locale à la crise.

Dans une récente sortie à travers la presse algérienne, le président Abdelmadjid Tebboune a indiqué que les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali ne peuvent être considérés comme des putschistes. Ce, dans la mesure où « le président a rendu sa démission et prononcé la dissolution de son gouvernement et de l’assemblée nationale « . Pour lui, la position de l’Algérie vis-à-vis de cette crise est sans ambigüité. Selon lui, en dépêchant son chef de la diplomatie, deux fois, en moins d’un mois, au Mali, il s’agissait de dire aux militaires que la transition soit courte (au moins dixhuit mois) et qu’un président civil soit désigné pour diriger cette période. Des recommandations pourtant identiques à celles formulées par la CEDEAO, même si le Chef de l’Etat algérien tire à boulets rouges sur l’organisation ouest-africaine qui n’a pas souhaité le consulter jusqu’ici.

« La CEDEAO ne nous a ni contacté, ni consulté, ni parlé. Nous, de notre part, nous ferons de même. Ni contact, ni consultation avec la CEDEAO », a déclaré le président Abdelmadjid Tebboune, lors de l’entretien télévisé de dimanche 20 septembre. Il a rappelé que l’Algérie suit de près l’évolution de la situation au Mali. A l’en croire, » la solution au Mali sera à 90 % algérienne. Au Nord Mali, il n’y a pas d’autre solution que l’Accord issu du processus d’Alger « , a-t-il insisté. Un accord qui fait une place prépondérante à l’Algérie dans toutes ses structures de mise en œuvre. Signalons, dans la foulée, que le chef de la diplomatie algérienne, Sabri Boukadoum, s’est déplacé à deux reprises, en moins d’un mois, à Bamako pour rencontrer toutes les parties maliennes, opposition, CNSP, mouvements armés et représentants de l’ONU, de l’Union Africaine, de la CEDEAO et de l’Union Européenne. A ces occasions, il a rap pelé que l’Algérie est attachée à » la sécurité et à la stabilité » du Mali et qu’elle entend privilégier « une approche d’accompagnement du Mali » afin « d’épargner au peuple malien frère davantage de souffrances ». Par ailleurs, au cours d’une visite récemment effectuée au Niger, le Chef de la diplomatie algérienne, reçu par les plus hautes autorités de ce pays, a également exprimé son indignation sur le mépris affiché à son endroit dans la crise que connait le Mali actuellement. Des gages ont été donnés sur le fait que cette » erreur » serait corrigée. Il faut rappeler qu’en 2013 également, l’Algérie avait refusé de participer aux négociations ayant conduit à l’Accord pour la tenue de la présidentielle au Mali, en réaction à l’indifférence affichée par la CEDEAO à son égard. Il aura fallu attendre 2014, année où elle a été désignée médiateur en chef, pour voir le retour de l’Algérie dans le dossier malien, avec à la clé un accord signé en 2015, qui peine à être pleinement mis en œuvre. L’histoire semble donc se répéter.

Massiré DIOP

Source : L’Indépendant, 24 sept 2020

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