Libye : Les lignes bougent

Les choses bougent en Libye. Et même si à ce jour, on ne ressent pas clairement vers quelle direction semble souffler le vent, il n’empêche que le militaire semble céder du terrain face au politique. Dans le grand secret, d’intenses manœuvres sont en train d’être actionnées pour changer cette situation de blocage qui a figé le pays depuis 2011, avant de le pousser dans la guerre civile depuis 2015.

L’ONU qui pourtant n’a plus d’émissaire spécial depuis la démission du Libanais Ghassan Salamé, reprend le fil des opérations et déroule un nouveau plan politique pour une sortie de crise, sans les anciens visages qui ont été plus un problème qu’une solution en Libye. L’organisation onusienne qui s’est effacée devant les ingérences manifestes de plusieurs capitales étrangères veut reprendre la main et changer le cours belliqueux pris par les événements ces dernières années.

Ainsi et alors que le maréchal Haftar qui a perdu du terrain militairement, semble donner du lest en rouvrant certains ports et champs pétroliers, le chef du gouvernement libyen, installé à Tripoli, Faïez Sarraj, a annoncé son intention de quitter ses fonctions au mois d’octobre. Les deux hommes forts de l’est et de l’ouest semblent ne plus faire partie de la nouvelle Libye qui se dessine.

A cela, il faut aussi ajouter cette éclosion de mouvements populaires protestataires aussi bien à Tripoli qu’à Benghazi, où des centaines de jeunes manifestent contre la corruption, les difficiles conditions sociales et le manque de perspective dans un pays livré aux groupes armés et à la seule force des armes.

La Libye, laissé en cadeau empoisonné par l’ancien président français Nicolas Sarkozy et l’ex- Premier ministre britannique David Cameron, à toute la région du Maghreb et du Sahel, est encore aujourd’hui une grande source d’inquiétude pour tous les pays voisins, à commencer par l’Algérie qui veut avoir son mot à dire dans toute solution future concernant ce pays, comme l’a déclaré récemment le président Tebboune qui avait souligné que « cette question nous concerne aussi et nous sommes un pays voisin qui partage avec la Libye de longues frontières. Nous imposerons notre avis et il n’y aura aucune solution sans notre participation», réaffirmant l’engagement de l’Algérie à œuvrer pour une solution politique et espérant « voir le processus en Libye couronné par une solution pérenne et non provisoire notamment à la lumière de la tenue des élections qui ont été largement accueillies et qui sont soutenues par l’ONU dans le but d’unir les frères libyens, notamment entre Benghazi et Tripoli et d’aller vers la désignation de noms pour assumer des responsabilités », ajoutant qu’« il y a des noms qui commencent à apparaître ».

Par Abdelmadjid Blidi

Ouest Tribune, 24 sept 2020

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