Algérie : Tebboune enterre les lettres anonymes

Le président de la République passe de la parole aux actes. Quelques semaines après avoir dénoncé les ravages des lettres anonymes, Abdelmadjid Tebboune joint l’acte à la parole. Il a adressé, hier, une circulaire aux membres du gouvernement et aux responsables leur demandant de ne plus accorder de crédit aux « lettres anonymes », tout en demandant aux responsables de tenir compte des signalements des citoyens et des révélations des médias.

Dans cette circulaire adressée aux responsables, le président de la République révèle les conséquences très graves liées aux dénonciations anonymes. « Des rapports parvenus à la présidence de la République font ressortir que certains cadres de l’Etat et responsables à différents niveaux ont fait l’objet de poursuites judiciaires, sur la base de simples lettres anonymes adressées aux différents services de sécurité et institutions de l’Etat. Nombre de cadres ont ainsi été privés de liberté sur la base de ces lettres qui, le plus souvent, se sont avérées dénuées de tout fondement », note le président Abdelmadjid Tebboune qui ajoutera qu’«Outre l’injustice subie par ces derniers», cet état de fait « a entraîné une paralysie de l’activité des administrations et des entreprises publiques, à cause de la crainte, la peur et l’angoisse d’être poursuivi sur la base d’une simple lettre anonyme ».

Partant de ce constat, le président de la République semble avoir déterminé l’origine de ces lettres anonymes. Elles sont « alimentées par la rumeur » ce qui a permis à « un climat de crainte et de suspicion » de s’installer « auprès d’autres responsables qui, par crainte d’éventuelles poursuites judiciaires, se limitent à un minimum d’obligations et ne développent aucun esprit d’entreprise. C’est ainsi que le traitement d’importants dossiers, revêtant parfois un caractère d’urgence, est renvoyé à des dates ultérieures, causant ainsi de graves préjudices au fonctionnement de ces institutions ».

Pour le chef de l’Etat, « ce climat malsain est naturellement alimenté par des rumeurs souvent distillées par les tenants de l’argent sale, des corrompus, ceux qui veulent à tout prix déstabiliser l’Etat et ses structures pour échapper à leur sort inéluctable ». Il invite les responsables à faire la différence entre les erreurs de gestion et les faits de corruption. « Il est de ce fait impératif de différencier les fautes de gestion dues à une erreur d’appréciation des actes volontaires qui ne profitent qu’à leurs auteurs ou à des tiers malintentionnés.

Pour ce faire, l’administration judiciaire dispose de tous les moyens légaux pour mener des investigations en la matière », a écrit le président de la République. Il ajoutera que « si la lutte contre la corruption est irréversible et nécessaire », « elle ne doit, en aucun cas, prendre la forme d’une campagne de déstabilisation des outils de réalisation et de concrétisation des missions de l’Etat et de ses différentes structures d’exécution ».

En plus de faire la différence de séparer entre les erreurs de gestion et les actes de corruption, Abdelmadjid Tebboune demande de la vigilance et recommande de prendre en compte les plaintes des citoyens et les révélations des médias. « (…) toute aide apportée par les citoyens, directement ou à travers les médias avec les preuves nécessaires, doit être prise en compte pour des investigations éventuelles.

Il est clair que dans ce cas, le citoyen doit être protégé par l’Etat de toute forme de représailles ». Il invite également ceux qui détiennent des informations «à se rapprocher directement des autorités habilitées, conformément aux procédures en vigueur ou, le cas échéant, s’adresser expressément aux organes de la presse, la liberté de cette dernière étant consacrée par la Constitution. » Mais il n’a pas précisé les modalités d’application de cette circulaire dont l’application « revêt un caractère important ».

Akli Ouali

L’Est Républicain, 19 sept 2020

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