Algérie : A qui le tour de payer ses crimes économiques?

Ménage et transparence

par Abdelkrim Zerzouri

A qui le tour ? La question qui trotte dans les esprits de nombreux commis de l’Etat et autres cadres gestionnaires à la suite du grand ménage lancé ces derniers temps au niveau de tous les secteurs, laisse peu de place à la concentration dans les tâches et missions dévolues aux concernés. C’est connu, les mouvements et changements annoncés dans différents secteurs ne manquent pas de provoquer un effet ankylosant chez les responsables qui commencent, pour certains d’entre eux, à plier bagage avant que la décision officielle ne tombe, alors que d’autres engagent des pourparlers et des négociations pour assurer leur chute ailleurs, laissant presque à l’abandon leur activité essentielle, qu’ils voient sans lendemain.

Une situation inévitable qu’on ne devrait pas ignorer. Car, si les secteurs où les nominations de nouveaux responsables connaissent une dynamique très payante, d’autres restent dans l’expectative du changement, qu’il soit fortement ressenti ou seulement un brin qui flotte dessus. Quelle solution pour cette problématique très préjudiciable à la vie socioéconomique ?

Jusqu’à présent, on devine seulement pourquoi tel ou tel responsable a été éloigné de son poste, à l’exemple des responsables «lessivés » dans le secteur de l’Eau, Algérie Poste et Algérie Télécom, ainsi que d’autres walis et SG de wilayas. On le devine en faisant le lien avec les récents problèmes enregistrés sur les plans du manque de liquidités, du faible débit Internet, ou encore dans le sillage des mises en garde lancées aux commis de l’Etat par le président de la République lors de la rencontre gouvernement – walis, mais rien d’officiel. Le dégommage de hauts responsables ne se réfère à aucune quelconque mauvaise gestion ou faute grave ayant entraîné la suspension des responsables concernés de leur fonction. Tout juste, on annonce la mise à l’écart des uns et la nomination d’autres à leurs places.

Laissant sur leur faim les observateurs et ouvrant une brèche à toutes les supputations, ainsi qu’à une démission morale de ceux qui se sentiraient visés par le prochain courrier. Ne pouvait-on pas éviter les anciennes pratiques dans ce domaine, qui baignent dans l’opacité et donner les motifs qui ont entraîné la suspension des hauts cadres et autres commis de l’Etat, à l’enseigne des walis ?

Le président de la République et le Premier ministre (auquel ont été délégués des prérogatives de nominations dans certains postes) possèdent toutes les compétences pour désigner ou limoger ministres, walis et autres hauts cadres, et absolument rien n’exige d’eux des explications sur ce registre, mais la pratique gagnerait plus en considération et en crédibilité quand les motivations qui ont entraîné le limogeage des hauts cadres, en dehors de celles en cours d’instruction au niveau de la justice, accompagneraient les décisions en question. Et, cette transparence dans l’action permettrait de garantir la stabilité morale des cadres gestionnaires et des hauts responsables intègres, qui ne commenceraient plus à mettre leurs affaires dans des cartons au moindre mouvement de ménage, mis à part ceux qui ont de la paille dans les ventres.

Le Quotidien d’Oran, 5 sept 2020

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