Macron préfère parler d' »Etat providence » plutôt que de droits sociaux à l’occasion des 150 ans de la République

Fêter les 150 ans de la République en 2020, c’est ignorer 1792 et la première République, la fin de la monarchie et la Marseillaise, 1848 et la seconde République, la fin de l’esclavage et le suffrage universel masculin, les ateliers nationaux et la limitation du temps de travail.

Mais dans le plan de com’ elyséen de recopiage de la séquence « Fransunie » de François Mitterrand, on n’avait pas de bicentenaire de la Révolution en stock. Alors on célèbre les 150 ans de la « continuité  » (y a pas eu de pause ?) et on oublie sa naissance il y a 228 ans. Pourtant il y avait un indice sur vos écrans….

Il faut lire ou écouter le discours d’Emmanuel Macron ce matin, pour comprendre, dans l’hypocrisie d’un texte qui prétend unir et tout contempler tout en triant soigneusement les références pour servir l’actualité politicienne de son interprète, ce qui séparera toujours de ce président de la gauche et qui est fondamental.

Son discours s’approprie la formule de Clemenceau sur la Révolution, « un bloc », déclinée en blocs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. En oubliant au passage que le « bloc » du Tigre, c’est la Révolution et ses convulsions violentes, guerres révolutionnaires et Convention comprises (au passage il faut relire le discours du Tigre, il y a des mots que l’ami du Vicomte de Villiers qui préside la République ne prononcerait peut-être pas) www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-as…

Sa seule référence à la Convention est pour expliquer que la République est née chez des penseurs avant elle…. C’est une drôle de façon de faire. Son discours, sous couvert d’unité est hémiplégique : c’est une célébration de la République dans ce qu’elle a de plus bourgeois.

Mais je reviens à ces « blocs » du discours de Macron sur la #République. Le bloc de la liberté est convenu, et s’appuie évidemment sur laïcité et libertés de conscience et d’expression.

Le bloc de l’égalité est réduit à l’égalité des droits civils et politiques. L’égalité concrète est rétrécie à une perspective d’égalité des chances et au constat vide de sa non effectivité face au racisme et au sexisme, avant de revenir (encore) au « séparatisme ».

Plutôt que d’égalité sociale, Emmanuel Macron s’attarde sur l’égalité devant la loi. Presque pas un mot pour célébrer les moments où les conquêtes sociales ont contribué à la construction de l’égalité…

Même la laïcité est présenté comme une immanence, une permanence, sans dire qu’elle fut un combat dure de la gauche et des Républicains contre l’Eglise…

Enfin, c’est dans la partie sur le bloc de la fraternité que la conception individualiste et étriquée de cette présidence s’exprime. Le président préfère parler d' »Etat providence » plutôt que de droits sociaux.

Il l’appuie essentiellement sur le dévouement individuel, le respect personnel.. la Fraternité « repose sur chaque citoyen et pas sur un Etat qui donne des droits ». La République, ce n’est pas ça : c’est la communauté nationale qui reconnait et assure l’effectivité des droits.

Covid oblige, il cite les soignants, les voisins et les bénévoles dans ce bloc de la fraternité, mais il s’arrête plus longtemps sur les policiers, les gendarmes, les magistrats…

Après cette approche pourtant très sélective, Emmanuel Macron s’emploie à explique que l’on ne doit pas choisir au pour justifier sa position sur #blm « c’est pour ça qu’on ne déboulonne pas de statue », oubliant que la Révolution commença largement comme cela.

En écoutant ce discours sur la République, au fond classique à droite, je pensais aux mots de Jaurès sur la République sociale : « Sans le socialisme, la République est vide. »

La #République d’Emmanuel Macron, ce sont essentiellement des libertés civiques. L’égalité est un principe, pas un objectif concret. La Fraternité est individuelle. Les droits n’existent que par les devoirs. Les conquêtes et les batailles sont oubliées.

Les progrès sociaux, le droit de grève, l’encadrement du temps de travail, la sécurité sociale, ne font pas partie du paysage et des repères fondateurs.

La République n’est pas née dans l’éther des penseurs des Lumières. Elle nait et elle vit du combat contre la pauvreté et pour la dignité, dans la fumée des usines, dans la faim des champs, dans le sang des guerres. Elle est fille du refus de l’injustice.

L’absence de tout ce pan de notre histoire commune dans ce discours prétendant célébrer la République devrait ce matin faire mal à chaque républicain.

Valerio Motta

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