Migration : de l’Afrique centrale à la Belgique

La Belgique entretient un rapport particulier avec les communautés issues de l’ancienne Afrique belge présentes sur son territoire. La présence relativement importante de ces communautés est fortement liée au passé colonial et a une histoire qui remonte au début de la mise en place d’une colonie au Congo.

a. Métissage

L’absence des femmes occidentales en colonie infl uence beaucoup les rencontres entre colonisateurs  et colonisés. L’ÉIC, comme dans d’autres colonies, tolère que ses agents aient des relations avec des femmes dites « indigènes ». Les raisons sont multiples : encourager les échanges avec les populations locales, répondre aux soi-disant « besoins sexuels » des hommes et donc permettre une meilleure acclimatation, pense-t-on, et prévenir d’éventuels comportements homosexuels.

Certaines populations locales veulent ainsi s’assurer de bonnes relations avec les colons, leur offrant des « épouses ». Ces femmes sont considérées comme «ménagères », qui font offi ce de domestiques et  de partenaires. Certains pseudo-mariages ont même lieu, sans valeur au niveau du droit européen. Souvent, ces relations aboutissent à des naissances d’enfants métis, qui deviennent alors un problème pour les pouvoirs coloniaux qui y sont confrontés.

Leur existence remet en question la hiérarchie raciale que les colonisateurs tentent de construire. On ne sait pas très bien comment les considérer : sont-ils Européens ou Africains ? Ont-ils les prétendues « capacités intellectuelles » de l’un ou de l’autre ? Ces questions vont se poser dès le début de la colonisation et vont rester présentes jusqu’à la fi n.  Dans leurs familles africaines,  ces enfants sont aussi parfois déconsidérés, exclus de  cette société, comme peuvent l’être également les mères.

Beaucoup d’enfants sont placés dans des orphelinats tenus par des missionnaires, soit parce qu’ils ont effectivement été abandonnés par leur père belge (ou provenant d’un autre pays européen) et par leur famille africaine, soit parce qu’ils ont été pris à cette dernière, parfois sans son consentement. La décolonisation entraine un changement de mentalités envers les enfants métis. L’approche des indépendances et la peur de l’instabilité qui pourrait en découler fait penser à certains responsables d’orphelinat et à certaines familles belges que ces enfants seraient plus en sécurité en Belgique.

Les années 1960 voient donc une vague de pseudo-orphelins métis arriver en Belgique, soit avec leur père biologique, soit via des institutions. En réalité, ils ont bien souvent encore une mère en Afrique, qui n’est pas prise en considération ou à laquelle on a menti pour obtenir la garde. Une série de ces faux orphelins sont adoptés par des familles en Belgique, et grandissent sans même avoir conscience d’avoir une famille en Afrique. Au Congo, une dizaine d’orphelinats auraient organisé ces adoptions irrégulières ; au Rwanda-Urundi, seul le cas de l’orphelinat de Save est connu. Il serait même à l’origine  de cette  vague  d’adoption  qui a reçu un  soutien  logistique et  fi nancier  des autorités belges.

Pour ces métis ayant grandi en Belgique, la construction identitaire peut s’avérer compliquée. Certains n’apprennent qu’à l’âge adulte l’existence de leur famille congolaise. Pour d’autres, ce sont des problèmes de nationalité qui surviennent : les enfants ne sont Belges que lorsqu’il est prouvé que leur père biologique est lui-même belge. Tous ceux pour qui ce n’est pas le cas et qui n’ont pas été adoptés sont donc apatrides, comme c’est encore le cas pour certains. Le gouvernement belge n’a admis sa responsabilité et présenté ses excuses pour sa participation à ces enlèvements qu’en 2019, près de 60 ans après les événements.

b. Les Congolais en métropole au temps colonial

Si les Européens peuvent aller au Congo avec plus ou moins de facilité, il est par contre presque impossible pour les Congolais du temps de l’État indépendant du Congo de venir en métropole. Les autorités coloniales ne les jugent pas assez civilisés pour s’adapter à la vie à l’occidentale, ou ont peur qu’ils fassent circuler une image négative de la Belgique une fois de retour au Congo. Car la réalité économique et sociale de la Belgique, comme du reste de l’Europe, ne correspond pas forcément à l’image de supériorité que le pouvoir colonisateur tente de donner : la pauvreté et la misère existent aussi en métropole.

Cependant, quelques individus vont tout de même venir en Belgique par divers moyens. Parmi les premiers Congolais à arriver en Belgique, provisoirement, figurent les marins qui effectuent le voyage entre Matadi et Anvers. Ils logent en métropole et la découvrent. Le pouvoir colonial craint que certaines idées politiques, notamment communistes, ne soient propagées parmi eux, et fait donc tout pour contrôler ces hommes. Pour les Congolais qui s’installent à plus long terme, c’est en tant que « boys », c’est à dire domestique, d’anciens coloniaux désireux de les garder à leur service qu’ils font le voyage.

Certains Belges ramènent également avec eux leurs enfants métis illégitimes, mais cela reste très rare, car tant en Belgique qu’en ÉIC, les autorités vont tenter de limiter cette venue. Par contre, ce sont elles qui font venir des Congolais pour être exposés lors de grands événements : ils sont une douzaine lors de l’exposition coloniale d’Anvers en 1885 ; ils sont 267 en 1897, dans le cadre de l’Exposition universelle de Bruxelles et de son « zoo humain » montrant une soi-disant reconstitution d’un village local dans le parc de Tervuren. Sept Congolais y sont morts, de maladie ou de froid. Leurs tombes se trouvent encore enterrés à Tervuren.

Certains Congolais sont également présents en Europe pour suivre des études, notamment en France qui ouvre les portes de ses écoles et universités à certains colonisés. Il n’y a aucune estimation du nombre de Congolais présents en Belgique avant 1950. Seuls certains combattants congolais ayant participé à la Première Guerre mondiale sont connus. Ils sont au moins trente-deux à avoir été soldats, presque tous volontaires dans l’armée belge, puisqu’il n’existe pas de troupes coloniales belges sur le front européen (voir « Première Guerre mondiale »). Ils participent à de nombreux combats, que ce soit à Liège, Anvers ou dans l’Yser.

Comme n’importe quel autre soldat de l’armée belge, certains doivent endurer les tranchées, certains sont tués, certains blessés, certains vont déserter ou avoir des ennuis judiciaires, d’autres sont faits prisonniers par les troupes allemandes. En Belgique d’après-guerre, à l’heure des commémorations et des édifications de monuments, aucun souvenir n’est maintenu de ces combattants « étrangers ».

Dans les années 1950, la Belgique ne compte que 400 ou 500 personnes provenant du Congo. À la fin de la décennie, ce sont essentiellement des étudiants ayant obtenu une bourse universitaire pour venir en métropole. Juste après l’indépendance, ils sont plus de 2500. Beaucoup s’installent dans le quartier ixellois de Saint-Boniface, où de nombreux anciens coloniaux s’étaient installés avant eux. Le quartier est progressivement renommé « Matongé », du nom d’un quartier de Kinshasa, lorsque de plus en plus de Congolais viennent s’installer en Belgique dans les années 1970.

Les Congolais, mais aussi des dizaines d’autres nationalités africaines, y importent un fragment de la culture africaine, visible dans l’espace public, grâce aux petits commerces ou dans l’activité sociale du quartier. Devenue le symbole de la multiculturalité du quartier, une gigantesque fresque de l’artiste congolais Chéri Samba est visible aux yeux des passants à l’endroit le plus fréquenté. Elle représente des habitants réels ayant posé pour le peintre, qui sont à l’endroit même où la fresque est exposée.

c. La diaspora actuelle

Aujourd’hui, la diaspora issue du Congo, du Rwanda et du Burundi se chiffre aux alentours de 110 000 personnes en Belgique, présentes dans les trois régions du pays. Elle comprend tant des personnes expatriées que des personnes nées sur le sol belge. Il s’agit du troisième groupe le plus important de population issue de l’immigration hors de l’Union européenne, après les Marocains et les Turcs. Plusieurs raisons poussent généralement à séjourner en Belgique : fuir les conflits, la pauvreté ou le régime politique, entreprendre des études, rejoindre sa famille ou encore trouver un emploi. On estime que plus de la moitié de ces personnes ont la nationalité belge, généralement signe de leur intégration.

Dans le sport ou dans le monde des arts, la diaspora issue des anciennes colonies est également présente. Citons les plus célèbres : Stromae originaire du Rwanda, Romelu Lukaku et Vincent Kompany originaires du Congo. Mais ce ne sont pas par hasard deux domaines d’ascension sociale répondant encore aux stéréotypes raciaux assimilant les personnes noires au corporel (sport et danse ) et artistique (musique) plutôt qu’à l’intellectuel. La réalité de la majorité des Africains de souche est complexe.

La discrimination importante dans le milieu du travail et en matière de logement, et le racisme quotidien, parfois agressif et souvent banalisé, sont des obstacles à la réussite sociale et économique d’une majorité de la diaspora. Malgré le haut niveau de diplomation de ces personnes, elles ont généralement du mal à trouver un emploi à la hauteur de leurs qualifications, à cause des discriminations raciales ou du fait que leur diplôme obtenu en Afrique n’est pas reconnu en Belgique. Plus de la moitié ont un emploi inférieur à leur niveau d’étude, souvent cantonné dans les domaines de la domesticité, des soins (surtout pour les femmes), de la vente ou du travail ouvrier.

L’évolution de la représentativité de cette diaspora évolue lentement, avec une présence discrète, mais en augmentation dans le monde académique, littéraire, médiatique, dans les postes à responsabilité ou le monde politique. Ainsi, en 2004, Gisèle Mandaila est la première femme noire à faire partie du gouvernement fédéral belge, tandis qu’en 2018, Pierre Kompany est le premier bourgmestre belge d’origine subsaharienne.

Source : belvue.be

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