Messi fait-il de la politique ?

Le football international subit les «fractures» du séisme Barça causé par le Bayern Munich. Le club de la Catalogne est en crise. Une grave crise. Fin de cycle d’une équipe de joueurs qui n’ont plus faim ou qui sont, tout simplement, dépassés par les évènements, d’autres footballeurs et d’autres clubs ayant mieux travaillé ces derniers temps, le FC Barcelone va devoir perdre son «dieu», cette «Pulga» qui a réussi en 10 années de folies-football à mettre le monde sous ses pieds d’or.

Messi, au-delà de son talent et de son palmarès, est une bénédiction pour le football mondial. Qu’on l’aime ou pas, il a donné à la balle ronde une dimension extra-planétaire grâce à des exploits de génie, de «jins». Mardi, quelques jours après la déculottée de Lisbonne, l’Argentin, humilié comme jamais et las de la situation de marasme que vit le club à qui il a, pourtant, juré fidélité, a pris la décision de se retirer et de s’en aller loin du monde qui a vu naître le nouveau maître du football.

Ceux qui ont pleuré à l’annonce de son départ des Blaugranas comme ceux qui ont fait la fine bouche ou l’ont carrément tancé pour avoir, arguent-ils, manqué de respect aux fans du club, auront compris que la cassure est telle que le lutin argentin, influencé par sa famille, son cercle d’amis ou les anti-Bartomeu, ne pouvait, à 33 ans, se mentir. Qu’il ne pouvait supporter, seul, la responsabilité de porter le Barça haut.

Un Barça qui ne gagne presque plus rien depuis cinq ans alors que le club fait partie des plus riches au monde et pense avoir le meilleur des meilleurs footballeurs de l’heure au monde. Peut-être que Messi ne partirait pas si Bartomeu venait à quitter le navire catalan.

Messi, à qui on a souvent attribué le «pouvoir» de décider du sort des joueurs et des entraîneurs, a probablement senti que la ville, son peuple et son club ont besoin de se sentir «libres et indépendants» de son emprise, de son aura et de son rayonnement. Cela peut constituer un acte politique d’une rare subtilité venant d’un footballeur qui, comme la plupart des footballeurs, «réfléchirait» comme un ballon. Un ballon qu’on pense accepter la trajectoire qu’on veut lui donner mais qui choisit des directions parfois étranges.

A 33 ans, dont 20 passés en Catalogne, l’enfant de Rosario a certainement mûri son «projet» avant de décider. Bartomeu et ses collaborateurs le savaient, le peuple catalan aussi. Légende vivante, Messi le footballeur n’est pas éternel. C’est, d’ailleurs, l’un des rares à ne jamais se projeter sur l’après-football mais qui a généralement obtenu ce qu’il cherchait. A Barcelone, la vie sans Messi sera probablement meilleure…
M. B.

Le Soir d’Algérie, 27 août 2020

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