Un pays pris en otage

Dans le dossier libyen il n’y a rien de nouveau. Rien de nouveau pour la paix, bien sûr. Car pour la guerre, les tambours grondent encore et encore. Désormais, les parrains de la guerre ne s’en cachent plus et multiplient les avertissements et les menaces.

Et pour illustrer ces ingérences ouvertes, voici un florilège de déclarations de hauts responsables de pays pleinement engagés dans le conflit. A commencer par l’Egypte dont le président al-Sissi multiplie les déclarations, dont la dernière ne laisse aucun doute sur les intentions du Caire. «Si l’Égypte intervient en Libye, il changera de manière rapide et décisive la situation militaire», a déclaré le maréchal égyptien, en rappelant que son armée était l’une des plus fortes dans la région, poursuivant que son pays «ne restera pas les bras croisés si l’axe Djoufra-Syrte est franchi» par les troupes du GNA et donc de leurs allié turc.

Plus tôt justement, le président turc était tout fier d’annoncer que l’intervention de la Turquie dans ce pays a complètement changé le rapport des forces et arrêté net les visées de Haftar de mettre la main sur Tripoli, déclarant explicitement et sans détours que l’aide turque a permis au GNA de réussir à expulser les forces de Haftar de Tripoli en peu de temps. Les Emirats arabes unis eux ont aussitôt répondu au président turc, en mettant en garde contre les menaces du GNA de prendre le contrôle de Syrte, estimant que ces « tambours de guerre (…) peuvent avoir de graves conséquences politiques et humaines ».

Et si on ajoute à cela la position trouble de Paris, celle menaçante de Moscou, et enfin celle de Washington qui commence à pointer de près son nez dans ce conflit, on a tous les ingrédients du chaos à la syrienne qui se met en place.

En face les voies de la paix peinent à se faire entendre, pourtant le salut de la Libye ne peut venir que d’un dialogue franc et sincère venant des Libyens eux-mêmes qui doivent et peuvent encore donner une chance à la paix dans leur pays, et ne pas l’offrir à des puissances étrangères qui n’ont pour unique objectif que de servir leurs seuls intérêts, quitte à le faire sur les cadavres de milliers d’innocents libyens qui n’ont pas fini avec le quotidien des larmes et de sang depuis 2011.

Et le plus dangereux dans tout cela et dans ce conflit, qui ne veut pas prendre fin, c’est que c’est toute la région du Maghreb et du Sahel qui risque d’entrer dans une longue spirale de violence et d’instabilité.
Par Abdelmadjid Blidi

Ouest Tribune

Tags : Libye, GNA, Haftar, Tripoli, pétrole,

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