Réponse de l’Ambassadeur Amar Bellani aux allégations de détournement de l’aide humanitaire de l’UE

En réponse à la campagne de désinformation menée par les organes de presse marocains, y compris la MAP, sur la question du prétendu « détournement de l’aide humanitaire européenne aux réfugiés sahraouis », l’Ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Amar Belani, a fait état des éléments d’information suivants :

L’agence de presse marocaine et ses relais médiatiques satellites mènent, depuis quelques semaines une campagne de désinformation enragée visant à faire accroire à l’opinion publique que l’aide humanitaire accordée par l’Union Européenne aux réfugiés sahraouis est détournée par le Front Polisario et notre pays.

A ces allégations infondées, recuites et réitérées de manière obsessionnelle depuis 2015 par les diplomates de ce pays et leurs relais peu recommandables au niveau du parlement européen (eurodéputés de l’extrême droite, notamment), et qui ne sauraient rester sans réponse, il convient de rappeler les faits suivants, tels qu’ils ressortent des déclarations officielles des hauts responsables de l’Union européenne en charge du dossier, notamment, les réponses officielles catégoriques formulées par les différents commissaires interpellés sur cette question :

1- Le Commissaire européen à la Gestion des Crises, M. Januz Lenarcic a souligné par écrit, en date du 02 juillet 2020, en réponse à l’eurodéputée Dominque Bilde (Rassemblement national « ex Front national ») que : « Pour le détournement de l’aide humanitaire, je veux vous assurer que nous avons de fortes garanties sur place. Nous avons élaboré des mesures de contrôle et de surveillance pour garantir que l’aide de l’UE ne soit pas détournée au point où nous sommes accusés par certains de nos partenaires, qui trouvent qu’avec ces standards et notre système de contrôle et de monitoring, il est devenu difficile pour eux de travailler avec nous. Je peux vous assurer que nos garanties sont suffisamment robustes pour éviter tout détournement de l’aide de l’UE ».

2– L’ancienne Commissaire européenne chargée du budget, Kristalina Georgieva, avait souligné, lors d’un débat devant la Commission du contrôle budgétaire du Parlement européen, tenu le 24 mars 2015, que «les accusations de détournement de l’aide humanitaire de l’Union européenne destinée aux camps des réfugiés sahraouis à Tindouf sont injustes».

3- Cette même responsable avait fait circuler, le 25 janvier 2016, un document aux membres de la Commission du contrôle budgétaire du parlement européen, dans lequel elle affirme que la Commission européenne « a effectué 24 missions de suivi et de contrôle durant l’année 2015 dans les camps des réfugiés sahraouis à Tindouf et que ses représentants sont présents sur les lieux deux semaines par mois, afin d’assurer l’utilisation la plus efficace des financements de l’Union européenne ».

4– De son côté, le Commissaire européen chargé de l’aide humanitaire et de la gestion des crises de l’époque, Christos Stylianides, avait indiqué dans sa réponse datée du 27 avril 2016 à une question écrite qui lui avait été adressée par l’eurodéputé Hugues Bayet (Rassemblement national «ex Front national »), qu’« il n’appartient pas à l’Union européenne d’effectuer un recensement des réfugiés » et d’ajouter que « cette question doit être examinée dans le cadre du processus conduit par les Nations unies ».

Rappelons, à cet égard, que le recensement sur lequel la partie marocaine fait une fixation fantasmatique est un simple élément technique d’un package politique cohérent, interdépendant et indissociable que constitue le plan de paix adopté par les Nations Unies en 1990. La mise en œuvre de ce volet relatif au recensement n’a de sens que dans le cadre de la convocation effective d’un referendum à choix multiple et sans contraintes administratives et/ou militaires, visant à permettre au peuple du Sahara occidental d’exercer son droit légitime et imprescriptible à l’autodétermination et de choisir librement son destin conformément à la légalité internationale. En d’autres termes, le recensement est corrélativement tributaire de l’organisation du référendum d’autodétermination.

5– Evoquant la gestion et la fourniture de l’aide humanitaire, le commissaire Stylianides avait apporté un démenti cinglant à ces allégations de détournement, en déclarant que « La Commission européenne travaille avec un nombre limité d’organisations partenaires clés, notamment le Programme alimentaire mondial, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, OXFAM et la Croix-Rouge espagnole, pour garantir la maîtrise totale de l’aide ». Il a, notamment, insisté sur le fait que « l’aide humanitaire de la Commission n’est ni fournie ni contrôlée par une quelconque autorité politique », en réponse aux allusions sournoises faites par le Maroc sur une prétendue implication du Polisario et de l’Algérie.

6– Par ailleurs, dans son intervention devant la Commission du contrôle budgétaire au Parlement européen, le 14 juillet 2015, l’ex- Directeur général de l’aide Humanitaire et de la Protection civile (DG ECHO), M.Claus Sorensen, a démonté, de manière methodique, les arguments « spécieux » de la présidente de la Commission du contrôle budgétaire, Ingebourg Grassle, qui avait convoqué la session spécialement pour remettre sur le tapis le rapport OLAF daté de 2007. Il convient, à cet égard, de préciser que ce rapport a été classé, sans suite par les autorités européennes, à l’issue d’un audit interne qui a démontré la légèreté et la discordance des récits et témoignages farfelus et préfabriqués qui y sont relatés.

En réaction, Le DG ECHO avait présenté le dispositif de contrôle de l’acheminement de l’aide européenne, dispositif qualifié d’extrêmement « rigoureux » et « complet ». S’appuyant sur des arguments solides, le DG ECHO avait précisé à l’assistance que « l’opération se déroule depuis 2003 avec l’établissement de 36 rapports d’audit dont 8 réalisés sur place dans les camps sahraouis »

A cette occasion, ce responsable a plaidé en faveur du maintien de l’aide humanitaire aux réfugiés sahraouis, tout en soulignant fermement, qu’après enquête approfondie, les noms suggérés sur la base de rumeurs dans le rapport OLAF (Polisario et croissant rouge algérien), ne sont pas concernés et n’ont aucune relation avec l’aide humanitaire de l’UE.

Ces réponses limpides, articulées et péremptoires de la part des plus hauts responsables de la commission européenne, démontent méthodiquement les allégations mensongères réitérées par la partie marocaine dans différentes enceintes diplomatiques (Notamment à Genève et à New York) pour faire diversion et tenter de faire oublier les deux faits têtus qui sont :

i)l’occupation illégale du territoire non autonome du Sahara occidental, considérée à juste titre par la plus haute juridiction communautaire, la cour de justice de l’Union européenne, comme étant « un territoire séparé et distinct » qui échappe totalement à une quelconque prétendue souveraineté marocaine (rejoignant ainsi la Cour internationale de justice qui avait conclu en novembre 1975 à l’inexistence « d’un quelconque lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental, d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien, d’autre part » et avait appelé, en conséquence, à l’application de la résolution 1514 (XV) (1960) de l’Assemblée générale portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, en particulier « l’application du principe d’autodétermination grâce à l’expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire du Sahara occidental »
ii) le deuxième fait, concerne le statut des réfugiés sahraouisqui est la conséquence directe d’un déplacement forcé de populations fuyant l’extrême brutalité de l’occupation.
S’agissant de l’obnubilation des autorités marocaines par la question du recensement des refugiés, il convient de rappeler que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a publié, en mars 2018, un rapport officiel intitulé « Sahrawi Refugees in Tindouf, Algeria: Total In?Camp Population», portant évaluation du nombre de réfugiés sahraouis vivant dans les cinq camps près de Tindouf, en Algérie. Ce rapport est le résultat du travail lancé en novembre 2016, par un Groupe technique intersectoriel à Tindouf, sous l’égide du HCR, en collaboration avec l’UNICEF, le PAM et plusieurs ONG activant dans les camps. Selon les termes du rapport, ce document constitue « l’analyse la plus complète jamais réalisée depuis 2007 du nombre de la population des réfugiés sahraouis dans les cinq camps près de Tindouf ».

Ce Groupe technique intersectoriel s’est basé sur trois sources de données, en vue d’établir ses propres statistiques «dites ‘données secondaires’» : le secteur de la santé pour les données sur les nourrissons vaccinés ; le secteur de l’éducation pour les données relatives aux enfants scolarisés ; et enfin le Centre d’identification pour les adultes âgés de plus de 17 ans. Comme l’affirme ledit rapport, cette mission a eu un « accès complet » aux sites et informations demandés qu’elle a triangulés de manière « indépendante », sur la base d’une méthodologie rigoureuse en matière de traitement des données statistiques, excluant, à titre d’exemple, les étudiants de 18 ans et plus qui étudient à l’extérieur de ces camps de réfugiés.

Le rapport atteste que les camps de Tindouf sont administrés par des départements qui disposent des normes internationales requises (SOP’s) pour la gestion et la maintenance de leurs bases de données. Les données disponibles ont donc été jugées suffisantes pour produire des chiffres actualisés et basés sur des preuves, comparativement aux estimations de 2007. Ce document du HCR précise aussi que ces données quantitatives ont été corroborées par les résultats d’informations qualitatives, portant notamment sur des observations in situ, des interviews sur les sites de collecte des données primaires, des entrevues avec le personnel des institutions concernées et des rencontres avec des groupes de femmes, d’hommes et de jeunes.

La principale conclusion du HCR est que le nouveau chiffrage de la population s’établit à 173.600 réfugiés sahraouis dans les cinq camps de Tindouf, au 31 décembre 2017. Sur la base de ces chiffres, le taux différentiel entre les estimations de 2007 et les nouveaux chiffres du HCR représente une progression de presque 40%.

Le nouveau chiffre indicatif établi par le HCR a été arrêté comme chiffre de planification par les agences onusiennes et les autres donateurs, dans le cadre de l’assistance humanitaire fournie aux réfugiés sahraouis. A ce titre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a adopté la nouvelle évaluation du nombre de réfugiés sahraouis dans un rapport datant du mois d’août 2018 sur « l’évaluation de la sécurité alimentaire pour les réfugiés sahraouis ». De même, l’ancien Commissaire européen en charge de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, M. Christos Stylianides, a pris acte de cette actualisation à la hausse du nombre de réfugiés sahraouis, dans une réponse parlementaire du 2 juillet 2019, référencée E-002122/2019(ASW).

Bruxelles, à 11 juillet 2020

Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, UE, aides humanitaires,

Ambassade d’Algérie à Bruxelles

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