Maroc-Algérie: le Maghreb des politesses diplomatiques

Le roi du Maroc, Mohammed VI a adressé un message de félicitations au président algérien Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion du 58e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, dans lequel il a réaffirmé la solidité des liens de fraternité liant les peuples algérien et marocain, ainsi que l’unité de destin maghrébin commun.

Pour rappel, le président Tebboune avait adressé le 18 juin dernier un message de prompt rétablissement au souverain chérifien suite à l’intervention chirurgicale qu’il a subie. Cet échange d’amabilité intervient dans un contexte de vive tension diplomatique entre Alger et Rabat.
Avant-hier, et dans un entretien avec la chaîne France 24, Tebboune avait affirmé que «l’Algérie n’avait aucun problème avec le Maroc. Mais qu’il me semble que ce sont les frères marocains qui ont un problème avec nous».
Ah les relations algéro-marocaines ! Quel yoyo permanent du «je t’aime, moi non plus» ! Et frictions noyées dans le Maghreb des discours.

1963…un conflit surnommé plus tard «la guerre des sables» éclate. Le motif : Une histoire de tracé des frontières qui ne plait pas au Maroc. C’est le premier carnage du rêve maghrébin. 1975…L’Espagne, ex-puissance administrante de l’ex Rio de Oro, se retire de ce territoire pas plus grand que Tamanrasset.

Le Maroc, mélangeant histoire et géographie, organise une marche verte et s’empare de cette contrée.

L’Algérie, estimant que le retrait espagnol signifiait un simple processus de décolonisation, proteste et engage le bras de fer avec son gourmand voisin. Boumedienne fulmine. Et crie au viol du droit international !
Mouvement de troupes, frictions, Amgala 1et 2. Camps de réfugiés àTindouf, bivouacs prolongés pour la génération 1975 du contingent.
H’mada, Reguibat, Hassi…lexique qui s’ouvre sur un vent de sable permanent et souvenirs de bidasses découvrant l’immensité d’un désert sans dunes.

Boumedienne décède, Chadli le remplace…Paix et espoir à l’horizon, les 5 chefs d’Etats du Maghreb renouent leurs relations. Le Maghreb est entrevu mais jamais palpé.

1994, suite à un attentat à Marrakech, le Maroc ferme ses frontières.
Boutef arrive au pouvoir en avril 1999 et Hassan 2 décède en juillet de la même année. M6 est intronisé roi du Maroc. Les relations somnolent plus que jamais.

2020, grincements dans les Aalaqate, échanges d’amabilités entre Tebboune et Mohammed VI…le Maghreb des discours renaît de ses cendres bavardes.
Salamalecs et langue de bois. Vieille tradition qui fait virevolter les mots comme un vent de sable. Le Maroc tient à son Rio de Oro, l’Algérie s’accroche au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Impasse feuilletonesque. Et si le Maghreb ne tenait qu’aux mots ? Alors trêve de mots que ne corrige même pas la grammaire des politesses inutiles. Le Maghreb des politesses diplomatiques…Quelle survivance anachronique au progrès des peuples. Et si le Maghreb se muait en un seul pays ? La réponse se disperse dans un joli désert des incompréhensions.

La Nation, 8 jui 2020

Tags : Sahara Occidental, Maroc, Algérie, Front Polisario, Maghreb, UMA,

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