Fausse mélodie de transition au Maroc

C’était par frustration que le Maroc se levait, pour sa dignité. Le moment était venu de structurer le vide sinon de le remplir. Et le « mouvement du 20 Février », dominé par gauchistes et islamistes, résulta.

Il est beaucoup trop tôt pour juger la portée de cet événement, mais quoi qu’il advienne, un élément du jeu n’a pas changé ; il s’agit des relations entre le pouvoir et la société. Entre le Makhzen et le Maroc. A en croire cette affirmation, l’autorité de cet Etat résiderait dans sa capacité à répondre aux attentes des Marocains. Si l’Etat n’en n’est pas capable, quid de sa légitimité ?

Que va donc dire le roi du Maroc, Mohammed VI, dans son très attendu discours à la Nation ? Que de nombreuses « mesures politiques, économiques, sociales » ont été prises pour calmer la soif démocratique, soigner la névrose des rues, faire taire la colère des citoyens ? Que le Maroc entame une phase importante de son histoire ? Que son « peuple adoré » doit soutenir l’évolution et le développement de son pays ?

Mohammed VI s’apprête surement à chambouler l’ordre constitutionnel marocain pour gagner la sympathie de ces sujets et se prémunir contre le vent de révolte. Le Maroc est « l’exception », sans doute n’est-il pas (ou plus) nécessaire de le rappeler. La démagogie, à défaut d’être dénoncée, est plébiscitée. Rappelons là le projet d’une marche en faveur du Roi, pour défendre la monarchie contre ceux qui veulent un coup d’Etat au Maroc.

Pourquoi tant d’illusions ? Parce qu’elle [la monarchie] prend les Marocains par les sentiments, parce que le père promet d’offrir à son enfant ce qu’il n’aura jamais. Et puis, soyons réalistes, parce que le Roi [ou le Maroc, sans mauvais jeu de mots] n’est pas en mesure de répondre à toutes les demandes, et qu’il ne peut pas faire de choix, en favorisant l’une, et rejetant l’autre. Il ne représenterait plus l’unité de la nation. Il risquerait d’être dénoncé. Attention, blasphème.

« Ils nous prennent simplement pour des cons », ai-je récemment entendu suite à une conversation au sujet de la constitution. Sous cette phrase, une idée autrement plus complexe, celle de la perversion du système, qui renforce l’hypocrisie d’un Etat qui laisse son peuple se nourrir d’espoir pour, au final, le noyer dans la confusion, dans l’interrogation, dans la crise identitaire, nationale, et politique, sans doute la plus grave. Celle de ne plus croire en ses représentants. De fermer bouches et oreilles. Et d’être en colère. En colère contre le vice. L’alliance clientéliste vécue au Maroc est la vraie religion d’Etat, elle est l’opium du Makhzen. Changer ce seul – en réalité, gigantesque- facteur reviendrait à faire du Maroc l’Etat où la révolution a eu lieu.

Source : E-Plume
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