Sommet de Kigali : Rabat use de lobbies financiers pour réintégrer l’UA

À la veille du début des travaux de la 29e session ordinaire du Sommet de l’Union africaine, aujourd’hui, à Kigali, (Rwanda), les Nations unies ont confirmé, avant-hier, le retour du premier groupe de sa Mission pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso), après l’expulsion, mars dernier, des territoires sahraouis occupés, de son personnel du segment politique, par les autorités coloniales marocaines.
Pour sa première participation officielle, au Sommet de l’Union africaine (UA), au titre de nouveau Secrétaire général du Front Polisario, président de la République arabe sahraouie, (Rasd), Brahim Ghali se verra salué, officiellement, par les présidents et chefs de gouvernement des États africains membres de l’UA. Le Sommet africain ne manquera pas, à l’ouverture de ses travaux aujourd’hui, à Kigali, de rendre un vibrant hommage au défunt dirigeant du Mouvement de libération sahraoui, Mohamed Abdelaziz, décédé le 11 juin dernier, après avoir consacré sa vie à lutter, sur tous les fronts, pour la liberté et l’indépendance de son peuple ; d’abord, contre l’occupant espagnol, puis le colonisateur marocain, depuis son invasion militaire du Sahara occidental, en 1975. Ne cessant de rappeler le non parachèvement de la décolonisation en Afrique, tant que le Maroc ne se plie pas au Droit international, qui consacre le droit du peuple du Sahara occidental et à l’autodétermination, les dirigeants africains ne manqueront pas, lors du Sommet de Kigali, d’interpeller le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités engagées, au Sahara occidental, question de décolonisation inscrite à l’ONU. La force du Droit international étant la voie incontournable pour le règlement du conflit opposant l’unique et légitime représentant du peuple sahraoui, le Front Polisario, et le Maroc, depuis son invasion en 1975, du Sahara occidental; le Royaume chérifien vient de se plier à l’énoncé de la Résolution 2 285 du Conseil de sécurité (CS) de l’ONU, en autorisant le retour du personnel de la Minurso, dans les territoires sahraouis occupés, avant l’expiration du délai fixé, la fin du mois courant, dans ladite Résolution. La force du Droit international a balayé d’un revers la décision annoncée, mars dernier, «irrévocable» par les autorités coloniales marocaines, lesquelles sont appelées, par la communauté et l’opinion internationales, à se conformer à la Légalité internationale pour mettre un terme à la colonisation au Sahara occidental. Le Sommet de Kigali, qui se tient sous le signe «Solidarité, Unité et Coopération», et sur le thème «les Droits de l’Homme, avec un accent particulier sur les droits de la femme», la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples mettra l’accent à Kigali sur les violations du système politique colonial de Rabat des droits du peuple du Sahara occidental, notamment dans sa répression féroce des Sahraouis, dont les femmes des territoires encore sous occupation marocaine. La Présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini-Zuma, avait averti, mars dernier, en réaction à la décision précitée de Rabat d’expulser le personnel de la Minurso, que l’attitude du Maroc constituait «un précédent très dangereux qui remet en question», a-t-elle souligné, «le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU dans le maintien de la paix et la sécurité dans le monde». La Présidente de l’UA a appelé, à cette occasion, le Conseil de sécurité, outre «de réaffirmer le mandat entier de la Minurso, à l’organisation d’un référendum pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», Mme Zuma a insisté auprès de l’ONU, pour que l’Institution onusienne aille «vers la concrétisation de la solution au conflit conformément à la Légalité internationale», par l’organisation du référendum d’autodétermination au Sahara occidental. Étant partie prenante aux efforts de la communauté internationale engagée pour l’application de la Légalité internationale au Sahara occidental, l’ex-OUA a initié le plan de règlement ONU/OUA (UA, ndlr) sur la base du Droit international, pour une question de décolonisation, l’Organisation africaine compte assumer pleinement ses responsabilité. Et c’est dans ce sens et en traduction de l’esprit qui l’anime, hérité des luttes des indépendances des peuples d’Afrique et leurs leaders, pour ne citer que Kwame Nkrumah, la nomination d’un Envoyé spécial de l’UA pour le Sahara occidental.
Rabat recourt aux lobbies financiers pour réintégrer l’UA, après 32 ANS d’absence
Après les affronts politiques, juridiques, diplomatiques et économiques que Rabat n’a cessé d’encaisser, depuis, notamment l’année dernière, au niveau régional et international, du fait de sa colonisation du Sahara occidental, mettant le Royaume chérifien dans une posture, similaire à celle de l’Entité sioniste dans son occupation de la Palestine. Situation qui a poussé Rabat à s’activer, ces derniers temps, pour redorer son image, usant même de lobbies financiers et procédant par des manœuvres, notamment dans sa quête pour réoccuper son siège au sein de l’UA, après 32 ans d’absence. Le défunt père de Mohamed VI, le roi Hassen II, a décidé de la sortie de son royaume de l’Organisation africaine, en 1984, après l’admission en tant que membre fondateur de l’ex-OUA, et depuis plus de dix ans, l’Union africaine (UA), de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Adhésion de la Rasd à l’Organisation africaine en pleine lutte armée de libération du peuple du Sahara occidental, faut-il le noter, traduisant l’attachement de ses membres, outre au soutien à la Cause sahraouie, mais aussi au parachèvement de la décolonisation marocaine dans les territoires sahraouis, position africaine en conformité avec la Légalité internationale, laquelle consacre, depuis, le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. En s’appuyant sur les lobbies financiers pour réintégrer l’UA, selon, même, la presse marocaine, citant le recours, à Mo Ibrahim, un richissime homme d’affaires anglo-soudanais, lequel a tenté «sans succès», est-il indiqué, d’organiser une rencontre entre les proches du roi Mohamed VI et certains responsables de la Commission de Nkosanzana Dlamini-Zuma. Aussi, il a été question d’effervescence diplomatique de la part des responsables marocains, depuis notamment le début du mois courant, pour ne citer que la visite récente du ministre des Affaires étrangères du Royaume, Salaheddine Mezouar, au Sénégal, sur fond de ses visées pour réintégrer l’Organisation africaine.
Karima Bennour