Sahara occidental Le secrétaire général de l’ONU à l’épreuve du drame sahraoui

Les Sahraouis gardent bon espoir d’en finir avec une injustice qui les prive, quatre décennies durant, de leur droit à l’autodétermination garanti par les principes et les valeurs fondatrices de l’ONU.
Voici donc venu le temps de la responsabilité qui impose à la communauté internationale interpellée non seulement sur les exigences de la décolonisation inachevée mais, aussi et surtout, sur les pratiques oblitérantes du Maroc décrétant le huis clos au Secrétaire général de l’ONU empêché, à l’instar de son envoyé spécial Christopher Ross, des médias, des élus européens et des ONG, de se rendre aux territoires occupés. Les attentes légitimes du peuple sahraoui, accueillant en fanfare son illustre hôte, couplent les frustrations de la « dernière colonie africaine » oubliée. La visite du SG de l’ONU, Ban Ki-moon, dans les camps de réfugiés, « parmi les plus anciens au monde », a réveillé l’espoir jamais abandonné de la fin d’une occupation illégale et des souffrances indicibles d’un peuple accroché aux idéaux de paix et de liberté. Le verdict est implacable. 
Lors d’un point de presse, organisé à l’issue de sa rencontre avec les dirigeants sahraouis, Ban Ki-moon a clairement exprimé sa profonde tristesse de « constater que des familles y vivent depuis aussi longtemps » dans les camps du dénuement et de la solidarité défaillante, malheureusement marquée par le chantage alimentaire. Les inondations dévastatrices d’octobre 2015 ont révélé dans toute sa dimension le drame humanitaire ignoré : plus de 17.000 habitations de fortune ravagées, des infrastructures notamment éducatives et sanitaires endommagées et près de 85.000 personnes livrées à la famine endémique. 
La crise des réfugiés, contenue par la main fraternelle algérienne, a traduit l’océan d’indifférence de la communauté internationale prompte à invoquer le droit humanitaire. Une indifférence d’autant plus politiquement coupable et moralement répréhensible qu’elle couve la primauté des intérêts des grandes puissances sur le respect de la légalité internationale. La colère populaire, traduisant l’impatience d’une jeunesse qui ne croit plus aux promesses trahies par deux décennies de léthargie, était présente dans les camps de la détresse humaine. Elle a été entendue par le SG de l’ONU affichant sa « compréhension » du sentiment de révolte qui « indique que le peuple sahraoui est oublié de la communauté internationale ». Tout en formulant l’espoir d’une fin du conflit avant l’expiration du mandat de Ban Ki-moon, fin 2016, le coordinateur de la Rasd auprès de la Minurso, Mohammed Kheddad, a estimé que « le peuple sahraoui ne peut plus attendre et espère la relance des négociations avec la partie marocaine avant le départ de M. Ban de son poste ».
Du camp des réfugiés où il pu mesurer la situation tragique d’un peuple en exil forcé, le Secrétaire général de l’ONU, empêché de se rendre à El Ayoune occupée, a marqué de son empreinte la visite à Bir Lahlou qui peut s’interpréter comme une réponse claire à la bravade marocaine. Pour la première fois, un patron onusien, qui a promis de « faire avancer » le processus de négociations voulues « sérieuses et responsables », a inscrit dans son agenda une rencontre avec les membres de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso) pour une évaluation exhaustive de rôle, de son fonctionnement et des facteurs de blocage du processus de règlement du conflit. Un mythe est finalement tombé. Le ratage d’El Ayoune confine à l’isolement le Maroc coupable de déni des réalités. 
Pour le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, Ahmed Boukhari, la tourné maghrébine de Ban Ki-moon constitue « un élément nouveau » dans la dynamique de règlement de la question sahraouie. « Elle aura sans doute un impact au sein du Conseil de sécurité à travers le rapport qu’il présentera en avril prochain », a-t-il souligné. 
Finie l’ère des tergiversations et du fait accompli ? A Alger, il a annoncé le retour de son envoyé spécial, Christopher Ross, appelé à « reprendre ses tournées » pour relancer les pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario. A l’épreuve du drame sahraoui, il a également affirmé qu’il convoquera « prochainement » une réunion de donateurs pour satisfaire les besoins des réfugiés.
Larbi Chaabouni