Le droit sahraoui face au déni marocain

L’étau se resserre sur le Maroc colonial en mal de crédibilité. De reniements des engagements internationaux en plan chimérique visant à imposer une autonomie factice à la démarche référendaire incontournable, la dérive monumentale décline sur une logique aventurière qui a tourné le dos à la légalité internationale inscrite, à la demande marocaine, faut-il le rappeler, dans le statut des territoires non autonomes (TNA) et, conséquemment, dans les exigences du référendum prévues par les accords du 6 septembre, sous l’égide des Nations unies et de l’OUA devenue l’Union africaine.
Il est utile de préciser que, outre l’avis pertinent de la Cour internationale de justice (CIJ), émis le 16 octobre 1975, réfutant tout lien de souveraineté territoriale avec le Maroc ou la Mauritanie et concluant à la nécessite de l’application de la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale des Nations unies, le sacro-saint principe d’autodétermination du territoire sahraoui, considéré par l’ONU sans administration depuis le retrait de l’Espagne, pose la question de la responsabilité de l’ONU à l’épreuve du déni marocain en totale opposition avec le droit international. La question de décolonisation sahraouie intègre fondamentalement la transgression du cadre légal de règlement du conflit à la base de l’impasse dommageable pour l’avenir du processus de négociation de Manhattan à l’agonie. Plus grave, le diktat marocain se meut en bravade plusieurs fois exprimées contre les émissaires onusiens, notamment l’ancien secrétaire d’Etat James Baker forcé au départ, et présentement Christopher Ross dénonçant le « statu quo » jugé inconcevable. La défiance du secrétaire général de l’ONU, empêché de se rendre à El Ayoune occupée pour quelque raison que ce soit, est assurément le point de rupture nodal du Maroc avec la communauté internationale marqué du sceau de la nullité de l’accord de pêche, décrétée par le Parlement européen, et le désengagement du fonds de pension souverain de la Norvège, le plus gros au monde, du groupe pétrolier irlandais San Leon Energy en raison de ses activités de prospection au Sahara occidental occupé qualifié fort opportunément de « graves manquements aux normes éthiques de base ». Par-delà le niet du roi Mohammed VI, la tournée maghrébine de Ban Ki-moon reflète la marginalisation du Maroc dont aucun Etat membre de l’ONU ne reconnaît la souveraineté sur le Sahara occidental.
Elle marque un tournant décisif favorisé par la prise de conscience internationale sur l’urgence des « négociations sérieuses et responsables » martelées par le secrétaire général de l’ONU. En Mauritanie où il a consacré la première visite de son périple régional, la détermination de « faire avancer la situation au Sahara occidental » annonce le changement de perception qui ne laisse plus aucun doute sur la fin inéluctable de l’occupation concrètement signifiée par la solution référendaire qui ne saurait attendre plus longtemps et l’implication de l’ONU en phase avec la responsabilité légale et historique de la décolonisation inachevée.
De Nouakchott, tournant la page de la tripartie pour conclure, en 1979, un accord de paix avec le Front Polisario, le message sans équivoque de Ban Ki-moon renoue avec les aspirations légitimes du peuple sahraoui à la paix et à la liberté. « J’entends apporter ma pierre aux négociations engagées pour régler ce différend de longue date et favoriser les pourparlers afin que les réfugiés sahraouis puissent rentrer chez eux au Sahara occidental dans la dignité », a-t-il déclaré. Le drame sahraoui, long de 4 décennies d’exil forcé, de plus de 3 décennies de séparation des familles injustement infligée par le « mur de la honte » et de la violation massive des droits de l’homme dans les territoires occupés coupés du reste du monde, a probablement renoué avec le vieux rêve du retour par les urnes garanti, sous l’égide de l’ONU, par le droit à l’autodétermination et le choix souverain du peuple sahraoui de son propre destin. 
Au camp des réfugiés de Smara, le secrétaire général de l’ONU a le mérite incommensurable de poser un regard objectif sur la réalité d’un peuple en résistance pacifique et la légitimité d’un Etat national doté des institutions démocratiquement élues et reconnu par 85 Etats dans le monde. A Bir Lahlou où il se rendra pour rencontrer les membres de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso), Ban Ki-moon a certainement toute latitude de lever le terrible engrenage qui frappe d’inertie, un quart de siècle durant, l’instrument référendaire par excellence.
Larbi Chaabouni