Après Ross, c’est Ban Ki-moon qui subit l’ire des marocains

Par : Kharroubi Habib
Depuis que l’ONU a annoncé que son secrétaire général Ban Ki-moon envisage dans le cadre des efforts onusiens de relance du processus de négociation de paix pour le Sahara Occidental, d’effectuer une visite dans la région en mars prochain incluant qu’il se rendra dans le territoire sous occupation marocaine, le Palais royal et la diplomatie chérifienne tentent fébrilement de faire renoncer à son projet le responsable onusien ou à tout le moins d’en différer la date. Leur offensive contre cette visite a pris la forme d’une campagne médiatique faisant croire que Ban Ki-moon a arrêté sa décision sous influence des lobbys diplomatiques pro-algériens et pro-indépendantistes sahraouis. Qu’il ne serait par conséquent pas un « visiteur » neutre et donc susceptible à l’issue de sa visite de remettre au Conseil de sécurité se réunissant en avril sur le dossier sahraoui des appréciations tronquées sur la situation en territoire occupé. Le roi et ses diplomates s’emploient à mobiliser et à faire agir contre sa visite tous les soutiens dont le Maroc dispose aux Nations unies.
Il serait d’une gravité extrême que leur manigance aboutisse à faire renoncer Ban Ki-moon à sa visite programmée. L’annulation de sa visite signifierait en effet que l’ONU reconnaît la « souveraineté » du Maroc sur le territoire sahraoui occupé et que ses autorités ont le droit de refuser les visites en celui-ci aux visiteurs dérangeants. Cette prétention, le trône et le Makhzen ont déjà essayé de l’imposer comme fait accompli en tentant d’empêcher le représentant spécial pour le Sahara Occidental Christopher Ross de se rendre en territoire sous occupation marocaine. L’ONU avait alors fermement rabroué les autorités du Royaume et réitéré à l’intéressé sa confiance pleine et entière. Elle ne peut céder à la pression marocaine quand c’est son secrétaire général lui-même qui est cette fois en cause.
Mais pourquoi les Marocains sont-ils à ce point affolés que le secrétaire général de l’ONU entreprenne de se rendre en territoire sahraoui dont leur propagande clame que sa population est totalement acquise à son rattachement au Royaume et satisfaite des réalisations accomplies à son profit grâce à ce statut ? N’est-ce pas ce que les visites à grand spectacle du roi en ce territoire ont cherché à imposer comme étant la réalité au Sahara Occidental. Si cela est vrai, pourquoi ne laisseraient-ils pas cette population « fière » de sa marocanité en faire la démonstration au secrétaire général de l’ONU qui ne pourrait qu’en prendre acte ?
C’est que le Palais royal et le Makhzen sont conscients que même en organisant à Ban Ki-moon une visite à la « Potemkine », ils ne pourront empêcher que lui parviennent les véritables sentiments de cette population sahraouie et des preuves de la situation coloniale qui est la sienne. Les Sahraouis ne veulent pas du rattachement de leur pays au Maroc et c’est la cause que malgré l’engagement pris il y a des décades par les autorités de ce dernier, elles persistent à refuser l’organisation d’un référendum d’autodétermination dont elles savent sur quoi il aboutirait.