Moroccoleaks : Rencontre avec Mme Malcorra (25 avril 2014)

Question nationale/ Rencontre avec Mme Malcorra.
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que j’ai eu, à ma demande, une séance de travail avec Mme Susana Malcorra, Chef de Cabinet du Secrétaire Général des Nations Unies.
Durant cette réunion, j’ai :
– Rappelé les griefs du Maroc concernant le contenu du dernier rapport du Secrétaire Général ;
Appelé à l’instauration d’un climat de confiance et de respect mutuel entre le Secrétariat et notre pays, afin d’éviter d’autres crises à l’avenir ;
Souligné que le rapport de 2015 devrait être préparé dans la transparence et le dialogue, afin de prévenir toute surprise ou malentendu ;
Noté que le Maroc est constamment appelé à faire plus et à donner davantage, alors que rien n’est demandé ni à l’Algérie, ni au polisario ;
Mis en relief que l’ONU sollicite le Maroc pour contribuer aux Opérations de maintien de la paix et prendre des initiatives en matière des droits de l’Homme. Toutefois, lorsqu’il s’agit de la question du Sahara, l’ONU travaille dans l’opacité, agit par surprise et exerce les pressions crescendo sur notre pays ;
Le Maroc revendique un partenariat gagnant-gagnant avec l’ONU, et une synergie sur l’ensemble des dossiers, y compris le Sahara.
Mme Malcorra m’a répondu ce qui suit :
 M. Ban Ki-Moon a donné des instructions claires à ses collaborateurs pour tirer les enseignements de la crise que traversent nos relations bilatérales et coopérer pleinement avec l’Ambassadeur du Maroc ;
– Le Secrétaire Général a attiré leur attention sur la sensibilité de la question du Sahara pour Sa Majesté Le Roi et l’ensemble du peuple marocain ;
– Le processus politique est arrivé à une impasse qui nécessite une approche innovante et créative, ainsi qu’un grand courage de la part de toutes les parties ;
– L’Envoyé Personnel, M. Christopher Ross, est entrain de réfléchir à des options, en dehors de ce qui est actuellement sur la table, avec l’objectif de parvenir à une solution qui puisse sauver la face à l’autre partie ;
– Ces options ne jouiront de la pleine satisfaction ni du Maroc, ni du « polisario ». Le Maroc devra donner plus que ce qu’il offre actuellement, et le « polisario » se contenter de moins de ce qu’il demande présentement ;
– M. Ross compte discuter ses idées avec les parties lors de sa prochaine tournée régionale, le mois prochain ;
– Le Secrétaire Général, qui espère effectuer sa visite au Maroc, le Sahara compris, après Juillet 2014, projette de débattre des options de M. Ross avec Sa Majesté Le Roi ;
– M. Ban Ki-Moon souhaite, également, que ces options bénéficieront du soutien et de la compréhension des deux leaders. En réponse à ma question « de quels leaders s’agit-il ?», Mme Malcorra a répondu : des Chefs d’Etat du Maroc et de l’Algérie !
– M. Ross estime que le prochain gouvernement algérien va s’investir davantage dans le processus de négociations politiques. J’ai mis en doute cet optimisme, en arguant que l’Algérie, qui refuse le recensement depuis plus de quatre décennies, ne fera aucun effort pour faire avancer le processus politique, d’autant plus qu’elle a été dédouanée dans le dernier rapport ;
– La MINURSO est un acquis de l’ONU et du Maroc et son rôle doit être renforcé afin de lui permettre d’interagir sur le terrain, en toute transparence, avec tous ses interlocuteurs.
Réagissant à ce qui précède, j’ai fait part à Mme Malcorra de ma grande surprise à l’égard de la cogitation de M. Ross qui fait régulièrement des propositions, sans jamais aller jusqu’au bout de leur mise en oeuvre. A peine a-t-il proposé la diplomatie de la navette, appuyée par le Maroc, qu’il est passé à la mise en place de groupes techniques, que seul le Maroc a soutenu. Et maintenant, il est en phase de réflexion sur de nouvelles options.
De même, j’ai mis en garde Mme Malcorra contre toute tentative de M. Ross de sortir du cadre actuel des négociations et du mandat de facilitation qui lui a été confié par le Conseil de Sécurité. J’ai prévenu qu’une telle éventualité risque de provoquer le collapse du processus politique et de la MINURSO et que le Maroc n’acceptera jamais que son Initiative d’Autonomie soit écartée.
Au vu de ce qui précède, il convient de faire les observations suivantes :
– Le rapport du Secrétaire Général semble être le prélude, savamment étudié, au chamboulement du processus politique que M. Ross est entrain d’orchestrer ;
– Les confidences de Mme Malcorra, qui a refusé d’avancer des détails sur les options de M. Ross, dénotent une concertation étroite, synonyme de connivence, entre l’Envoyé Personnel et le Secrétariat;
– Les options en gestation par M. Ross visent, à l’évidence, la mise à l’écart de l’Initiative d’Autonomie, en prévision de son enterrement lors de l’évaluation qu’il projette pour 2015;
– Plusieurs Ambassadeurs que j’ai rencontrés depuis mon arrivée à New York, estiment que l’orientation que M. Ross a donnée au dernier rapport du Secrétaire Général, n’aurait jamais été possible sans la bénédiction de Washington.
Haute considération
L’Ambassadeur, Représentant Permanent
Omar HILALE