Zakaria Moumni : un boxeur face au roi du Maroc

Par Julien Le Gros le 11 janvier 2016
Dans « L’homme qui voulait parler au roi », publié aux éditions Calmann-Lévy en septembre 2015, le boxeur Zakaria Moumni raconte sa descente aux enfers face au pouvoir marocain, sous le règne du roi Mohamed VI. Un récit choc et sans tabou, écrit à quatre mains avec sa femme Taline.
Tout commence comme un conte de fées, comme la beauté du sport le permet parfois. En 1999, Zakaria Moumni représente le Maroc aux championnats du monde de kickboxing de Malte. Pour ce jeune issu d’un quartier populaire de Rabat, seul africain et seul arabe à remporter cette victoire cette année-là, c’est une immense fierté de porter le drapeau de son pays. Mais le sportif déchante lorsqu’il demande l’application d’un décret royal qui lui donne droit- en principe- à un poste de conseiller sportif. De la corrompue Fédération marocaine de kickboxing jusqu’à l’antichambre du roi du Maroc, le jeune homme se heurte à une série d’obstacles… Jusqu’à son enlèvement en 2010 par les services secrets marocains. Des faits qu’il raconte sans fards avec sa femme Taline dans « L’homme qui voulait parler au roi ». Un véritable pavé dans la mare de la dynastie alaouite.
L’envers du décor
L’affaire Zakaria Moumni révèle une facette du Maroc très éloignée des clichés de cartes postales d’Agadir ou d’Essaouira. « Mon image du Maroc c’étaient les palmiers, les vacances à trois heures d’avion de Paris », explique Taline Moumni. Depuis la France, La jeune femme s’est brûlée les ailes en menant le combat pour faire libérer son mari des geôles marocaines. Mis à part certains médias qu’elle a pu mobiliser pour relayer sa cause, les associations de droits de l’Homme comme Human right watch, Amnesty International ou la Fédération internationale des droits de l’Homme ont vite abandonné le dossier. « A aucun moment je n’ai imaginé qu’il puisse encore y avoir en 2010, sous le règne de Mohamed VI, des pratiques de torture, des emprisonnements arbitraires, des procès montés de toute pièce », insiste t-elle. « Je suis tombée des nues !»